Au Parlement européen, le cordon sanitaire contre l’extrême droite de plus en plus fragile

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Jordan Bardella, lors d’une mini-session plénière au Parlement européen, à Bruxelles, le 11 avril 2024.

La montée de l’extrême droite aux élections européennes du 9 juin pourrait relancer le débat sur le cordon sanitaire qui, aujourd’hui, prive le Rassemblement national (RN) et ses alliés au Parlement européen de postes de pouvoir au sein de l’institution.

De fait, ces formations réunies au sein du groupe Identité et démocratie (ID) ne sont pas associées au travail de négociation ou d’amendement qui accompagne l’activité législative. Elles n’ont pas non plus accès à l’une des quatorze vice-présidences du Parlement européen, ni à des présidences de commission parlementaire, ni au moindre poste d’influence au sein de l’administration.

La coutume au Parlement européen veut que ces postes soient répartis en fonction des résultats aux élections européennes. Mais les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), les sociaux-démocrates (S&D), les libéraux de Renew, les Verts et la gauche radicale (The Left) se sont entendus pour priver ID de ses droits théoriques. « Ce Parlement européen qui passe sa vie à donner des leçons de démocratie à l’étranger ne la respecte pas chez lui », s’insurge Thierry Mariani. L’eurodéputé RN y voit « le dernier avatar de la stratégie de diabolisation de l’extrême droite » quand, à quelques rares exceptions près, dont l’Allemagne, plus aucun parlement national en Europe ne pratique le cordon sanitaire.

Grandes manœuvres

A ce stade, au PPE, chez les S&D, Renew, les Verts et The Left, on affirme vouloir reconduire cette mise à l’écart d’ID après le 9 juin. En revanche, en l’état actuel des choses, le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR) devrait encore échapper au cordon sanitaire, même si la très grande majorité des partis qu’il rassemble – l’espagnol Vox, l’italien Fratelli d’Italia, le français Reconquête !, les Démocrates de Suède ou encore le Parti des Finlandais – sont catalogués à l’extrême droite. « Bien sûr, si ID et ECR fusionnent après le 9 juin, c’est une autre histoire », reconnaît un diplomate européen, alors que les grandes manœuvres ont commencé au sein de l’extrême droite européenne.

Il faut dire que, contrairement à ID, ECR a des représentants à la table du Conseil, qui réunit les chefs d’Etat et de gouvernement européens et où se prennent les grandes décisions politiques de l’Union. Aujourd’hui, on y trouve Giorgia Meloni et le Tchèque Petr Fiala. Il y a peu, le Polonais Mateusz Morawiecki, du PiS, y siégeait aussi.

The Left réclame « un cordon sanitaire pour ECR et ID ». « Pas de deal avec les fachos ! » , assure sa coprésidente Manon Aubry, de la France insoumise. Les Verts sont sur la même ligne. « ECR et ID, c’est blanc bonnet et bonnet blanc », abonde Philippe Lamberts, le coprésident du groupe écologiste.

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