au Darfour, la ville d’El-Fasher assiégée par les paramilitaires d’Hemetti

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Un incendie ravage un marché au bétail d’El-Fasher, au Soudan, le 1er septembre 2023, après un bombardement des Forces de soutien rapide (FSR).

L’étau se resserre sur El-Fasher. « Nous sommes comme des otages attendant leur exécution prochaine », raconte Omar Mohammed Adam, qui vit dans un camp de déplacés au nord de la ville de l’ouest du Soudan. Après s’être emparées, au cours des douze derniers mois, de quatre des cinq provinces du Darfour, les Forces de soutien rapide (FSR), du général Mohammed Hamdan Daglo, connu sous le surnom d’Hemetti, se massent autour de la capitale du Darfour du Nord, dernier bastion de la région aux mains de l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah Al-Bourhane.

La prise de cette cité stratégique offrirait aux paramilitaires un contrôle presque total sur un territoire aussi étendu que la France. Si les escarmouches se concentrent pour le moment sur le flanc nord-est d’El-Fasher, « les combats se rapprochent », poursuit le responsable du camp d’Abu Shok, contacté par téléphone : « Il y a des obus qui tombent au hasard, tuant des civils. » Plus de 60 personnes ont été tuées dans des bombardements ou des échanges de feu au cours des quatre dernières semaines.

El-Fasher est densément peuplée. Depuis 2003, la ville abrite des centaines de milliers de rescapés du conflit qui avait fait plus de 300 000 morts lorsqu’Omar Al-Bachir, alors au pouvoir, avait lancé une opération de nettoyage ethnique dans cette province rebelle. Depuis le 15 avril, aux plus d’un million d’habitants d’avant-guerre se sont ajoutés des dizaines de milliers de civils venus des quatre coins du Darfour, fuyant l’avancée des FSR.

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En prenant le contrôle, mi-avril, de la localité de Mellit, à 70 km au nord, les paramilitaires ont coupé les principaux axes qui mènent à El-Fasher, imposant un blocus à ses habitants. « Les caravanes commerciales ne pénètrent plus dans la ville, ni depuis le nord du Soudan, ni depuis la Libye, ni depuis le Tchad. Nous sommes coupés du monde », poursuit Omar Mohammed Adam.

« Les marchés ne sont presque plus approvisionnés », abonde Abdallah Hassan, un ancien travailleur journalier d’El-Fasher qui, comme la plupart des habitants, a perdu toute source de revenus. Il raconte un quotidien de survie : les réseaux électriques et d’eau potable ont été coupés, le carburant se fait rare, les médicaments aussi, et les prix des denrées s’envolent. « Si on déjeune, on ne dîne pas. Si on dîne, on ne déjeunera pas. On va mourir à petit feu », se désole-t-il dans des messages vocaux envoyés sur WhatsApp.

Un engrenage inéluctable

Le siège de la ville entrave tout accès humanitaire. « Selon les études nutritionnelles que nous avons menées en avril, la ville est au bord de la famine. Nous estimons que près d’un tiers des enfants de moins de 5 ans du camp de Zamzam sont sévèrement malnutris. C’est le double du seuil d’urgence. Ils risquent de mourir dans les trois à six semaines », détaille Jérôme Tubiana, spécialiste du Darfour et conseiller aux opérations de Médecins sans frontières (MSF). Selon lui, il faudrait près de 400 camions d’aide par mois pour éviter la catastrophe. Avant même le siège imposé par les FSR, seuls quelques rares convois humanitaires étaient parvenus à El-Fasher depuis un an.

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