après le bombardement d’un camp de déplacés à Goma, Kinshasa et Washington accusent le Rwanda

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Un camp de déplacés à Goma, en République démocratique du Congo, le 6 mai 2024.

Jamais un bombardement n’a provoqué autant de réactions depuis la résurgence de la guerre dans le Nord-Kivu, une province de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), fin 2021. La mission de paix des Nations unies (Monusco), l’Union africaine (UA), l’Union européenne (UE) ainsi que de nombreuses chancelleries occidentales ont « condamné fermement » les frappes du vendredi 3 mai sur un camp de déplacés de Goma.

Au moins cinq roquettes ont explosé dans le sud-ouest de la capitale régionale, épicentre du conflit entre le Mouvement du 23-Mars (M23), un groupe armé appuyé par l’armée rwandaise, et les forces progouvernementales congolaises, composées de militaires et de miliciens. Quatre jours après le drame, la division provinciale de la santé évoquait 18 morts, en majorité des femmes et des enfants. Ce bilan du 7 mai pourrait encore s’alourdir puisque 32 personnes sont blessées, dont 27 grièvement.

« Cet événement est une violation flagrante du droit international humanitaire », a réagi la France. « Une nouvelle escalade », renchérit la Belgique ; « contraire à l’esprit du cessez-le-feu appelé par plusieurs ministres lors d’une réunion en Angola en mars », insiste l’UA. Parmi les nombreux communiqués publiés, seuls ceux de la RDC et des Etats-Unis accusent distinctement le Rwanda. « Comment arrivez-vous à cette conclusion absurde ? Les Forces rwandaises de défense [RDF], une armée professionnelle, n’attaqueraient jamais un camp de déplacés », rétorque sur le réseau social X la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, en réponse à un tweet de Matthew Miller, du département d’Etat américain.

Depuis fin 2023, Washington tente de jouer les médiateurs. Une trêve de quinze jours, négociée par les Américains, avait été conclue pendant les élections congolaises, en décembre. Mais les unités de l’armée rwandaise présentes aux côtés des rebelles du M23 ne se sont jamais retirées, selon de récentes photographies consultées par Le Monde, contrairement à ce qu’exigent les autorités congolaises. Pis encore, selon une source sécuritaire proche de Kinshasa, « c’est pendant ce cessez-le-feu que des missiles sol-air rwandais ont traversé la frontière ». La présence de ces engins capables de détruire avions, hélicoptères ou drones a été documentée par l’ONU.

« Tirs croisés »

Même si les autorités de Kigali n’ont jamais reconnu officiellement leur présence en RDC, elles ne nient plus leur soutien au M23. Le chef de l’Etat, Paul Kagame, a souvent rappelé qu’il prendrait toutes les mesures nécessaires pour défendre son territoire ; et son administration a dénoncé à de multiples reprises les errements du pouvoir de Kinshasa, notamment après les bombardements du 3 mai.

« Des coups de feu ont été tirés à bout portant par les FARDC [l’armée congolaise] et les forces armées burundaises déployées en RDC sur des manifestants dans un camp de déplacés », accuse le gouvernement rwandais dans un communiqué. Sur le site appelé « 8e Cepac », des déplacés, choqués et des pierres à la main, se sont spontanément dirigés vers le gouvernorat de Goma. Au moins une femme a été tuée « par une balle perdue lors de la dispersion des contestataires par les forces de l’ordre », indique le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Plusieurs sources mentionnent également la responsabilité du commandement militaire. Après la large offensive du M23 et de l’armée rwandaise, en février, et le repli des forces progouvernementales vers Goma, au moins deux positions d’artillerie congolaise ont été installées au niveau des camps de déplacés. Une proximité aux conséquences lourdes pour la population, qui se retrouve « prise au piège entre des tirs croisés » du M23 et de l’armée congolaise, dénonce l’ONG Médecins sans frontières (MSF) sur X.

Le matin du 3 mai, les détonations des canons congolais pointés vers les collines contrôlées par le M23 ont d’ailleurs été entendues au moins une trentaine de minutes avant les bombardements qui ont touché les civils, confirment plusieurs sources, laissant entendre que ces salves ont pu être envoyées en représailles à celles des FARDC.

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Le Rwanda, les Etats-Unis et la Monusco réclament une enquête. De son côté, la RDC promet que les auteurs répondront devant la justice internationale. Mais pour l’heure, aucune institution indépendante ne s’est publiquement saisie du dossier.

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