A Malmö, le message d’espoir du rabbin Moshe David HaCohen

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LETTRE DE MALMÖ

A deux jours de la finale de l’Eurovision, le 9 mai, Moshe David HaCohen a enfourché son vélo. Puis, papillotes au vent et kippa sur la tête, il a sillonné le centre de Malmö, filmant sur son téléphone les ruelles ensoleillées, avant de poster la vidéo sur Facebook. Agé de 45 ans, le rabbin, qui partage sa vie entre la Suède et Israël, où résident sa femme et ses cinq enfants, n’en peut plus de voir la ville dépeinte comme « un mouton noir », et même « la capitale mondiale de l’antisémitisme ». « Si c’était vraiment le cas, ce serait une excellente nouvelle pour les juifs dans le monde », raille-t-il.

C’est ce qu’il a essayé de dire, quelques jours plus tôt, à des journalistes de la chaîne de télévision israélienne Keshet 12 News, sans omettre de mentionner l’antisémitisme dans les écoles et l’inquiétude des parents pour leurs enfants. Mais « tout ce qui était nuancé et complexe a été coupé au montage », regrette-t-il, se voyant caricaturé comme un hurluberlu naïf. Les médias suédois ne sont pas en reste. Plusieurs journaux publient des éditoriaux affirmant qu’organiser la compétition à Malmö est une aberration. La droite et l’extrême droite abondent.

La situation paraît effectivement explosive. Alors que le niveau d’alerte terroriste est de quatre sur cinq depuis l’été 2023 et que des dizaines de milliers de visiteurs sont attendus dans la ville de 360 000 habitants, dont 35 % nés à l’étranger, pour un Eurovision qui s’annonce déjà comme l’un des plus polémiques de l’histoire, la police a autorisé deux manifestations, le 9 mai, presque au même endroit et au même moment : l’une propalestinienne, l’autre pro-israélienne.

Il n’y aura pourtant aucun incident, pas plus qu’il n’y a eu « d’attaques contre les juifs de Malmö ou la synagogue », ces derniers mois, malgré les tensions, note le rabbin, quand on le rencontre dans les locaux de l’association Amanah, deux semaines plus tard. Les organisateurs de la manifestation de soutien à la Palestine ont fait savoir qu’ils ne toléreraient pas le moindre dérapage antisémite, ni la moindre menace contre les juifs. Lorsque le cortège passe à quelques centaines de mètres de la place, où des membres de la communauté juive de Malmö chantent en hébreu et brandissent des drapeaux israéliens, des bénévoles forment une chaîne humaine, pour éviter que les manifestants s’approchent des véhicules de police qui bouclent le quartier. Les forces de l’ordre n’auront pas à intervenir.

« Constructeur de pont »

« Certains diront que c’est mettre la barre bien bas que de se réjouir qu’il ne se soit rien passé, d’autant que certains juifs ne sont pas venus parce qu’ils ont eu peur. J’y vois au contraire une base indispensable, sur laquelle nous pouvons continuer à construire, grâce au travail que nous avons mené avant le 7 octobre. » Car loin d’être l’épouvantail que certains se complaisent à décrire, Malmö « pourrait servir de modèle au niveau européen », affirme Moshe David HaCohen.

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