A Jénine, un camp en ruines après un raid israélien meurtrier

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A l’entrée de Jénine, l’activité des marchands ambulants ne masque pas la violence qu’ont subie ses 18 000 habitants lors du raid israélien du 21 au 23 mai. Bastion des groupes armés de Cisjordanie, Jénine est le symbole de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. L’armée y mène des opérations militaires qu’elle qualifie d’« antiterroristes », disant viser des « cellules terroristes du Hamas et du Jihad islamique ».

Wissam Abu Baker, directeur de l’hôpital gouvernemental Khalil-Suleiman, dans son bureau, à Jénine, (Cisjordanie), le 26 mai 2024. M. Abu Baker a perdu un de ses amis, le docteur Oussaid Jabareen, chirurgien à l’hôpital, tué par un sniper alors qu’il se rendait à son travail, le 21 mai 2024.

« Cette fois-ci, c’était différent, explique Wissam Abu Baker, directeur de l’hôpital gouvernemental Khalil-Suleiman, après nous avoir autorisés à visiter deux des blessés. C’est la première fois que les victimes ont des profils si variés. Parmi les douze martyrs, on trouve un docteur, un professeur, des étudiants et des enfants. Trois d’entre eux avaient moins de 16 ans, deux autres étaient âgés de plus de 50 ans. Aucun de ceux-là n’était lié aux brigades du camp. » D’après le ministère de la santé à Ramallah, vingt-cinq personnes ont également été blessées lors de cette opération militaire.

Alité au département d’orthopédie de l’hôpital, Hossam (son prénom a été changé), 22 ans, n’en revient pas d’être en vie. Averti qu’un raid était en cours, il a quitté son travail et s’est retrouvé entre deux feux. « Les soldats israéliens m’ont tiré dessus à cinq reprises avec des balles explosives. Deux fois dans la jambe gauche, une fois dans la jambe droite, deux fois dans le bras droit. » Les médecins craignent qu’il ne puisse pas travailler pendant un an, ce qui inquiète beaucoup son père. Ce dernier, ouvrier en Israël, ne peut lui-même plus travailler depuis la fermeture des points de passage entre les territoires palestiniens et Israël après les attaques terroristes du 7 octobre 2023. « Hossam est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants, il était le seul à ramener de l’argent depuis sept mois. Maintenant, je ne sais pas de quoi nous allons vivre », explique l’homme, accablé.

Hossam (le prénom a été changé), 22 ans, sur son lit d’hôpital, à Jénine (Cisjordanie), le 26 mai 2024.
Abed, 17 ans, sur son lit d'hôpital, à Jénine (Cisjordanie), le 26 mai 2024.

Deux chambres plus loin, Abed, 17 ans, lui aussi victime des balles explosives couramment utilisées par l’armée israélienne, a des broches en acier dans la jambe gauche. Le jeune homme assure avoir été pris pour cible dans la rue alors qu’il revenait du centre-ville avec deux amis, le matin du 21 mai. « Un de mes amis a pu s’échapper, l’autre a été tué par trois balles dans la poitrine alors que le soldat était très proche de lui. Lorsque j’ai été touché, j’ai fait le mort pour qu’ils ne m’achèvent pas », témoigne Abed.

À côté de lui, son père se désespère : « Il y a un an, son frère aîné a aussi été blessé lors d’un raid. Pour moi, père d’une famille de quatre enfants, c’est invivable. J’aimerais quitter la Palestine, vivre à l’étranger. Après tout cela, Abed est rempli de haine, et bientôt je ne pourrai plus le contrôler. » Une allusion à l’envie de son fils de rejoindre les groupes armés de Jénine.

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