« A force de jouer avec le feu, le chef de l’Etat pourrait finir par se brûler, en entraînant dans l’incendie le pays tout entier »

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La retransmission de l’allocution d’Emmanuel Macron après l’annonce des résultats des élections européennes, lors de la soirée électorale de la majorité présidentielle à la Maison de la Mutualité, à Paris, le 9 juin 2024.

Apprenti sorcier ? Joueur de poker ? Pompier pyromane ? Dimanche soir, sur les plateaux de télévision, les mêmes mots revenaient chez ceux qui étaient chargés de commenter la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale, au soir d’une victoire historique du Rassemblement national (RN). Avant de l’annoncer sombrement aux Français, le président de la République a mis une poignée de responsables macronistes, reçus peu avant 20 heures à l’Elysée, devant le fait accompli. Très peu, autour de lui, ont participé aux discussions en amont, même si plusieurs poids lourds de la majorité lui conseillaient de « faire tapis » et de « mettre le pays devant ses responsabilités », dont le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et le président du MoDem, François Bayrou – il plaidait pour une dissolution en septembre –, ainsi que plusieurs conseillers de l’Elysée.

Le petit cercle d’initiés (« huit personnes seulement », selon un proche du chef de l’Etat, dont trois conseillers de l’Elysée, Alexis Kohler, Bruno Roger-Petit et Jonathan Guémas, et deux ministres Stéphane Séjourné et Gérald Darmanin), qui voyait M. Macron cheminer doucement vers cette solution radicale (dont il a fallu étudier la faisabilité technique), a su garder le secret. Ce dont on se félicite au palais, où la dissolution ratée de Jacques Chirac – elle avait fuité, en 1997 – a été érigée en contre-exemple. « Pour que le président retrouve sa marge de manœuvre, il n’y avait pas d’autre choix que d’aller au peuple », insiste l’un de ses conseillers.

Une chose est sûre, M. Macron cherchait les moyens de se sauver, au soir d’une humiliante défaite. Alors même qu’il s’était pleinement engagé dans la campagne, utilisant tous les leviers à sa disposition (commémorations du Débarquement, guerre en Ukraine, dramatisation des enjeux du scrutin…), il n’a pas su enrayer la glissade de la liste menée par Valérie Hayer. Ce scrutin vient affaiblir encore un pouvoir qui, privé de majorité absolue, était déjà contraint de naviguer à vue, entravé. Et qui a échoué dans le principal objectif qu’il s’était fixé, faire barrage au RN : de fait, le supposé « rempart » s’est effondré. « Le macronisme, c’est fini », commençaient, avant l’annonce surprise, à entonner les oppositions, à l’unisson, du député « insoumis » de la Somme François Ruffin au président du parti Les Républicains (LR), Eric Ciotti.

En répondant à un coup de tonnerre par un autre, M. Macron, qui refuse de se laisser effacer et ne se résout pas au désamour des Français, a voulu montrer qu’il restait maître du jeu, bravache. L’opération dissolution présente plusieurs avantages à ses yeux. Dans l’immédiat, elle masque son échec personnel et fait diversion : alors que cette soirée électorale devait être celle des autres (du RN, arrivé premier ; du Parti socialiste, qui réalise un joli score…), ce sera d’abord la sienne. Elle l’exonère aussi de toute remise en question devant le score du RN, qui n’a jamais été aussi haut, sept ans après son arrivée à l’Elysée.

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