Une traversée de Cuba, dévastée par la crise, sous l’œil inquisiteur de la sécurité d’Etat

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Sur le mur du local technique, au pied d’un immeuble de La Havane donnant sur la mer, une main tremblante, qu’on imagine inquiète et pressée, a inscrit à la bombe de peinture l’un des rares signes de contestation observables dans tout Cuba. Le ou la contestataire a choisi un subterfuge, comme pour se protéger au moment de passer à l’acte, dessinant les deux idéogrammes chinois du mot « liberté », tels que les manifestants prodémocratie de Hongkong le clamaient et l’écrivaient pour résister à l’emprise de la Chine. La référence a échappé aux censeurs cubains. Les yeux de la sécurité, qui sont partout, n’ont pas capté le message. En deux semaines d’itinérance dans l’île, on n’en a pas vu beaucoup d’autres aussi clairs quant à leur intention.

Des graffitis signifiant « liberté » en idéogrammes chinois et « tu dois être heureux » en espagnol, sur le mur d’une structure du Malecon, à La Havane, à Cuba, le 4 janvier 2026.

Par relation de cause à effet, la surveillance des agents divers, plus ou moins discrets, mais veillant au grain partout, entravant dès qu’ils le pouvaient toute forme d’échange avec les Cubains, est une constante absolue de la vie dans le pays. Alors, en sortant de la capitale, sur la route qui longe la côte, ce « liberté » sonne étrangement, comme un cri étranglé. Au cours de nombreuses rencontres, tant de personnes auront avoué leur peur de parler en public, voire de parler tout court, même pour d’honnêtes et raisonnées critiques du Parti communiste, en ces temps d’effondrement national.

De La Havane, nous sommes partis, à vélo, à la découverte de l’état de cette nation en train de traverser une crise économique d’ampleur historique, et dont un quart de la population a fui volontairement en moins de cinq ans, tandis que pèse, comme un grizzli assis sur son cou, tout le poids du géant américain qui ne lui veut pas de bien.

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