« Quand votre père est un salaud, vous devez forcément vivre avec cette tache »

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Cette scène, chaque fois la même, chaque fois un peu différente, les trois hommes en ont gardé une mémoire photographique. Pour Philippe Douroux, c’était au printemps 1972. Il avait 17 ans. Il était blotti dans un gros fauteuil en velours beige, dans le salon familial de la maison de Chatou, dans les Yvelines, surchargé d’hommages à Napoléon, dont son père, Alfred, était un admirateur. Le fils préférait les Beatles ou Led Zeppelin. Dans ce décor transformé en bivouac impérial, Alfred Douroux était assis sur le canapé. A ses côtés, Jacqueline, son épouse, ne cessait de s’agiter. Visiblement, elle désapprouvait ce que son mari allait dire. « J’ai à vous parler… », a-t-il commencé.

Alain Lejeune, lui, se souvient de ce jour de 1970 où son père, Jean, est entré dans sa chambre, ou plutôt dans sa tanière d’adolescent, à Bruxelles, tapissée de posters des Doors ou de Jimi Hendrix. Il avait 16 ans. Il était assis sur son lit, en train de jouer de la guitare. Jean l’a interrompu : « J’ai quelque chose à te révéler. »

Eric Frantz, pour sa part, est moins sûr de la date. 1964 ou 1965 ? Il avait 12 ou 13 ans. Il se rappelle en revanche exactement sa place dans le petit salon de la rue Lepic, à Paris. Lui et Denyse, sa mère, se tiennent debout devant la cheminée. La femme est en instance de divorce d’avec Jacques, qui la trompe avec sa secrétaire. Elle rumine sa colère quand elle lui assène : « Tu sais, ton père… »

Sans émettre le moindre regret

C’est ainsi que Philippe Douroux, Alain Lejeune et Eric Frantz ont appris qu’ils étaient les fils d’anciens Waffen SS. Pas des « malgré-nous », comme les Alsaciens et les Mosellans enrôlés de force. Non, des volontaires français et belge qui avaient épousé jusqu’à l’extrême la cause du nazisme et porté l’uniforme allemand en Russie, en Biélorussie, en Ukraine, à Berlin, jusqu’aux derniers jours du Reich. Sans jamais émettre le moindre regret. Ils ont été 10 000 Français dans leur cas, et 8 500 Wallons.

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