« Mes clientes, elles prennent rendez-vous un mois à l’avance. Elles ont déjà posé leur RTT et prévu à quelle heure ça se finirait »

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Sacha, à Paris, le 24 avril 2024.

Je m’appelle Sacha, j’ai 48 ans et je me définis comme « sexothérapute », un mix entre la prostitution et la sexothérapie. Beaucoup de travailleuses et travailleurs du sexe (TDS) ont le sentiment d’avoir une utilité sociale non reconnue : on se dit souvent qu’on devrait être remboursés par la « Sécu » ! Après tout, on gère une partie des problématiques sexuelles de la société. On est tous un peu sexothérapeute, quand on est pute.

Mes clientes ne viennent pas me voir pour s’amuser lors d’une soirée sans lendemain. Ce sont des femmes qui estiment avoir rencontré des difficultés sexuelles, ou qui ont besoin de retrouver de la considération pour leur corps. C’est un truc suivi, sur plusieurs mois, plusieurs années. Je précise tout de suite que je ne suis pas représentatif de la profession : il y a entre 30 000 et 44 000 TDS en France, des femmes à 85 %. Et, parmi les hommes, plus de huit sur dix travaillent « en gay ». On n’est qu’une poignée dans mon cas.

« Je ne vends pas mon corps, je vends une prestation »

Dans mon ancienne vie, j’étais technicien supérieur en écologie. Pendant longtemps, j’ai bossé pour le WWF sur la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées, dans des associations d’écologie urbaine, pour une chambre d’agriculture… J’ai aussi été éducateur en environnement dans des collèges et des lycées. Puis, j’ai traversé une sorte de crise de la quarantaine : j’en ai eu marre du salariat où on te donne ta paye sans aucune reconnaissance, et tu dois fermer ta gueule. Un burn-out, un divorce, et j’ai changé de vie.

J’avais depuis longtemps une sexualité curieuse : au moment où je me lance, ça fait déjà une vingtaine d’années que j’explore avec mes partenaires autour du BDSM [bondage, domination, sadomasochisme], du jeu de rôle, des festivals érotiques… L’idée a grandi en même temps que la variété de mes pratiques. Et puis, il y avait eu quelques signaux.

Un matin, en 2012, j’étais dans le train pour aller travailler à Paris, avec trois femmes qui faisaient le même trajet tous les jours et étaient devenues des copines. L’une d’elles me dit : « C’est l’anniversaire de ma fille, elle a 20 ans, avec ses amies on a décidé de lui organiser une surprise. On avait prévu un go-go dancer qui doit jaillir d’un grand paquet-cadeau et lui faire un strip-tease, mais on est à une semaine de la date et le go-go dancer nous a plantées, il a la trouille. J’ai pensé à toi : tu pourrais le remplacer ? »

A l’époque je n’étais pas du tout là-dedans. Elle connaissait mon ouverture d’esprit sur le sujet, mais je n’avais jamais abordé la question de mon intimité sexuelle avec elle. Je me suis dit que je devais dégager quelque chose. Je lui ai demandé : pourquoi moi ? « Mais c’est évident, tu pues le cul ! » Je ne sais pas si c’était un compliment, mais j’ai été défrayé pour être le seul homme dans une soirée de filles et faire le majordome en tenue sexy.

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