les émeutes, révélatrices d’une fracture entre le monde kanak et l’institution judiciaire

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Entrée du palais de justice de Nouméa dans le quartier latin de la ville, Nouvelle-Calédonie, le 31 mai 2024.

En marge d’un retour au calme très progressif dans l’archipel néo-calédonien, la justice examine depuis le 23 mai les dossiers des émeutiers appelés à comparaître pour un large éventail d’infractions. De violences graves envers les forces de l’ordre au simple vol d’une paire de chaussures dans un magasin pillé, les audiences donnent à voir ceux qui ont pris part aux violences qui déchirent l’archipel depuis le 13 mai.

C’est à marche forcée que les comparutions immédiates se succèdent au palais de justice de Nouméa. Tous les magistrats sont désormais sur le pont pour tenter d’apporter, le plus rapidement possible, des réponses aux dossiers qui s’amoncellent et que l’on évacue majoritairement lors de comparutions immédiates, d’une durée d’un quart d’heure à vingt minutes tout au plus.

En près de quinze jours d’insurrection, le 28 mai, les forces de l’ordre avaient interpellé 535 personnes pour seulement 42 mandats de dépôt. Des chiffres qui peuvent paraître relativement faibles compte tenu de l’ampleur des dégâts, réévalués à plus d’1 milliard d’euros, et du fort sentiment de psychose qui s’est installé au sein de la population de l’agglomération nouméenne.

Au 30 mai, le bilan provisoire des affrontements fait état de sept morts, dont un gendarme abattu, et de 136 membres des forces de l’ordre blessés, dont quelques-uns très gravement. A l’occasion d’une conférence de presse, le haut-commissariat avait assumé ne tenir aucun décompte pour les émeutiers, de même qu’à l’hôpital, où l’on expliquait « ne pas compter les points ».

« Je regrette ce que j’ai fait »

Au fil des audiences, les justiciables kanak défilent dans le prétoire. C’est le cas de Jonathan (les personnes citées par leur prénom ont requis l’anonymat), à la recherche d’un emploi, fils d’un retraité de la gendarmerie. Il a passé une nuit éprouvante avec quatre codétenus dans une cellule prévue pour deux personnes. Le jeune homme, décrit par son avocat comme « sans histoire », est visiblement angoissé et a du mal à parler.

Dans la confusion, il a expliqué aux gendarmes penser pouvoir se servir, encouragé par les messages sur les réseaux sociaux et des dizaines de personnes emportant des appareils d’un entrepôt d’une enseigne spécialisée en électroménager. Poussé dans ses retranchements par la présidente, il reconnaît d’une voix tremblante : « Oui, c’était du vol. » Jonathan n’avait jamais eu affaire à la justice. Il écope de huit mois de prison avec sursis.

Des affaires plus graves de violences sur les forces de l’ordre sont également jugées. Un jeune père d’une fille de 6 mois, originaire d’Ouvéa et présent depuis un mois à Nouméa pour le travail, comparaît pour détention d’arme, un lance-pierre qu’il a utilisé contre un groupe de trois policiers. La victime, un major de police, prend la parole en manipulant avec ses doigts le boulon ayant servi de projectile et qu’il conserve. Il raconte le chaos, la fatigue, le « traumatisme ». Il a, par chance, reçu le boulon en acier dans sa jambière de protection.

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