le plan de Trump piétine

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La réouverture du point de passage de Rafah vers l’Egypte, dimanche 1er février, devrait être une étape importante sur le long chemin visant à alléger les souffrances des Palestiniens qui survivent dans des conditions dramatiques à Gaza. On en est loin, car il ne s’agit, au mieux, que d’un entrebâillement. Il y a pourtant urgence. Des centaines de Palestiniens ont besoin d’être soignés à l’extérieur, compte tenu de l’anéantissement, après les bombardements israéliens, des infrastructures de santé à Gaza. L’acheminement d’une aide alimentaire devenue cruciale reste également tributaire de la puissance occupante israélienne.

Cette sombre réalité était totalement absente de la présentation, dans le cadre du Conseil de la paix mis sur pied à Davos, en janvier, de plans futuristes pour l’étroite bande de terre. Cette omission a fait de cette présentation, assurée par le gendre du président des Etats-Unis Jared Kushner, une obscénité. Ce qui a été exposé à cette occasion était en fait très proche du fantasmatique projet de « Riviera » évoqué par Donald Trump en 2025 et qui avait fait scandale à juste titre.

Les Palestiniens en étaient absents et ils le sont toujours, tout comme est passé sous silence leur droit à disposer de leur propre Etat. Le gouvernement de Benyamin Nétanyahou ne se contente pas de refuser avec virulence cette perspective, il met tout en œuvre, à Gaza comme en Cisjordanie, pour la rendre impossible. Par le passé, des projets volontaristes ont déjà été élaborés pour ce territoire, mais ils étaient alors associés à des négociations de paix s’inscrivant dans la solution des deux Etats. Cette dernière était à peine esquissée dans le plan en 20 points présenté avec emphase par Donald Trump, lors du sommet de Charm El-Cheikh, en Egypte, le 13 octobre 2025.

Des camions d’aide humanitaire patientent à la porte égyptienne du point de passage de Rafah, vers la bande de Gaza, en Egypte, le 1ᵉʳ février 2026.

Depuis, l’immobilisme l’a emporté. Le rapatriement du dernier corps d’otage israélien, capturé lors des massacres du 7-Octobre perpétrés par le Hamas, doit pourtant permettre le passage à une phase marquée par un retrait militaire israélien partiel. Cette phase doit être consacrée à la remise en route d’institutions palestiniennes et au désarmement indispensable de la milice islamiste, parallèlement au déploiement d’une force de sécurité internationale.

Huit pays musulmans qui pourraient composer cette force ont condamné le 1er février les violations répétées par Israël – qui en renvoie la responsabilité aux Palestiniens – du cessez-le-feu théoriquement en vigueur à Gaza. Ces violations ont entraîné la mort de plus de 500 Palestiniens, et des centaines de blessés sont à déplorer. Il ne s’agit pas du seul signal inquiétant. En décidant d’interdire les missions à Gaza de l’organisation Médecins sans frontières, parce que cette dernière refuse les diktats d’une puissance occupante qui ne dispose d’aucune légitimité dans l’étroite bande de terre, Israël témoigne de son mépris envers la crise humanitaire qui y perdure. La France a également suspendu un programme d’accueil de Palestiniens en arguant des difficultés rencontrées.

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L’Etat hébreu sait pouvoir compter sur la passivité renouvelée de pays encore mobilisés il y a quelques mois, mais qui se contentent désormais de l’apparence du cessez-le-feu à Gaza. L’histoire de ce conflit asymétrique prouve pourtant que la pression sur la partie la plus forte constitue le seul moyen pour éviter que le plan de Trump ne se transforme en fiasco.

Le Monde



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