Le charme rétro des cabines photo, fringantes centenaires

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Dans l’atelier de Fotoautomat, à Chartres, en octobre 2025.

Il y a un siècle, un photographe d’origine sibérienne, Anatol Josepho, installait à New York la première cabine photo ancêtre du Photomaton (Photobooth, en anglais). Une prouesse technique de son invention, qui permettait à n’importe qui d’entrer dans une boîte et, « pour le prix équivalent à deux petits pains de l’époque », d’en ressortir quelques minutes plus tard avec la photo en noir et blanc de sa bobine, explique par téléphone Taous Dahmani, historienne de l’art et conservatrice d’une exposition célébrant ses 100 ans, organisée à la Photographers’ Gallery de Londres (« Strike a Pose ! 100 Years of the Photobooth », jusqu’au 22 février 2026).

Le succès est fulgurant et traverse l’Atlantique. Installées dans les centres commerciaux et les gares, ces cabines voient défiler quidam et célébrités, à l’instar du couple Kennedy ou de John Lennon et Yoko Ono ; les artistes s’en emparent, des surréalistes à Andy Warhol, ou au photographe américain Richard Avedon, qui conçoit en 1957 des portraits de stars grâce à des machines Photomaton qu’il publie dans le magazine Esquire. Au fil des années, ces automates vintage sont peu à peu abandonnés au profit de leurs versions numériques, destinées principalement à un usage administratif. Aujourd’hui, il ne resterait que 200 cabines analogiques en état de marche dans le monde.

En France, un duo s’est pris de passion pour cette technologie ancienne et son petit parfum rétro. Eddy Bourgeois, 46 ans, et Virginie Voisneau, 38 ans, ont créé en 2007 Fotoautomat, une entreprise spécialisée dans la restauration et la sauvegarde des cabines photo argentiques. Dans leur atelier de Chartres, baigné de la lumière d’octobre, une quinzaine de machines désossées : quand l’une est jugée « irréparable », ses pièces peuvent servir à en reconstituer une autre.

Un Fotoautomat fonctionne « un peu comme de l’horlogerie », explique Virginie Voisneau. Au lieu de compter les secondes, ses composants s’articulent harmonieusement pour produire une pellicule de film capturant quatre poses de son ou ses sujets. Le procédé analogique fait « tout le travail du studio et du laboratoire en même temps ».

Nostalgique génération Z

Eddy Bourgeois s’est formé à Berlin en 2006. Diplômé d’une école d’art, passionné de cinéma expérimental mais aussi de « tout ce qui touche à la mécanique ou aux motos », il rencontre au cours d’un voyage Asger Doenst et Ole Kretschmann, qui remettent en service de vieilles cabines photo noir et blanc récupérées en Allemagne ou en Europe de l’Est. « Comme j’étais un peu désœuvré cet hiver-là, j’ai commencé par leur donner un coup de main. »

Un an plus tard, il installe sa première machine argentique au Palais de Tokyo, à Paris. Aujourd’hui, Fotoautomat en a disposé sept dans la capitale, une à Nantes et trois autres à Prague, souvent près de lieux dédiés à l’art ou à la culture, comme à La Cinémathèque française ou rue des Trois-Frères, au pied de la butte Montmartre. Chacune d’entre elles offre un design original, créé par Eddy Bourgeois et Virginie Voisneau.

Devant la cabine installée par Fotoautomat rue des Trois-Frères, à Paris, le 24 octobre 2025.

Leur look rétro est devenu viral sur les réseaux sociaux, où les tiktokeurs s’échangent la version numérisée de leur portrait argentique. « La génération Z a un vrai goût pour la nostalgie », confie Hannah, une jeune photographe de Vancouver rencontrée devant le Fotoautomat de la rue des Trois-Frères. « Ce qui attire les gens n’est plus la rapidité d’exécution, comme c’était le cas à sa création. Ils apprécient l’esthétique des photos et leur grain lié à l’argentique, ainsi que l’aspect vintage de la cabine », explique Brian Meacham, qui gère un site Web (photobooth.net) d’archives et de collections issues de ces dispositifs.

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Les derniers restaurateurs – ils seraient seulement une douzaine en Europe à savoir les entretenir et les réparer – sont cependant aujourd’hui confrontés à de nombreux défis pour perpétuer leur passion : les fabricants de pellicules ne produisent plus le papier photo adapté, et l’un des derniers fournisseurs, russe, est frappé de sanctions depuis la guerre en Ukraine.

  Une machine en cours de réparation.

Malgré les difficultés, Eddy Bourgeois et Virginie Voisneau entendent bien poursuivre l’aventure. « Il y a des clients qu’on a connus jeunes célibataires, qui se sont parfois mariés, et ont même fait leur demande en mariage dans notre Fotoautomat. Aujourd’hui, ils ont des enfants, qu’ils emmènent se faire photographier chaque mois », afin de les voir grandir sur ce petit morceau de pellicule argentique, qui reste stable, assurent-ils, pendant au moins cent ans. Le créateur de Kodak, George Eastman, l’affirmait déjà : « Kodak ne vend pas des pellicules, mais des souvenirs. »

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