L’Azerbaïdjan accusé de « torture et mauvais traitements » sur des détenus arméniens

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Ruben Vardanian, ex-ministre d’Etat du Haut-Karabakh, entre des agents des services de sécurité azerbaïdjanais à Bakou, en Azerbaïdjan. Photo fournie par le service de sécurité de l’Etat de la République d’Azerbaïdjan, le 28 septembre 2023.

La déclaration est pour le moins inhabituelle. Le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe est sorti de sa réserve, mercredi 3 juillet, pour dénoncer le « refus catégorique des autorités azerbaïdjanaises » de coopérer avec lui, alors même qu’il « continue de recevoir des allégations d’actes graves de mauvais traitements et même de torture » infligés par les forces de l’ordre aux détenus.

« Aucune mesure n’a été prise par le ministère des affaires intérieures d’Azerbaïdjan pour mettre en œuvre les recommandations de longue date du Comité visant à mettre fin à de telles pratiques », déplore également l’organisation, chargée d’évaluer la manière dont les prisonniers sont traités, et qui a effectué treize visites en Azerbaïdjan depuis 2002. L’instance n’a, en outre, « reçu aucune réponse » à ses demandes de pourparlers. Elle dénonce « une violation fondamentale et sans précédent de la Convention » internationale pour la prévention de la torture.

« C’est très rare que le comité décide de faire une telle déclaration, affirme au Monde l’avocate Siranush Sahakyan, qui représente les intérêts des prisonniers arméniens auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. C’est le signe que l’usage de la torture et des mauvais traitements en Azerbaïdjan est une pratique systémique et massive. »

Près de trois semaines plus tôt, l’un des plus célèbres prisonniers des geôles azerbaïdjanaises, l’homme d’affaires milliardaire arménien Ruben Vardanian, dénonçait lui aussi, par le biais de ses avocats, la « torture et les mauvais traitements perpétrés par le gouvernement azerbaïdjanais » à son encontre.

Un « chantage » de Bakou

M. Vardanian fait partie des huit anciens dirigeants du Haut-Karabakh à avoir été capturés lors de la chute de l’enclave séparatiste, en septembre 2023. Il avait renoncé à sa citoyenneté russe pour devenir ministre d’Etat de la République autoproclamée de novembre 2022 à février 2023. Le 13 juin, ses avocats ont déposé un appel urgent auprès du rapporteur spécial des Nations unies sur la torture. « Pendant sa grève de la faim en avril 2024 [visant à protester contre des poursuites judiciaires jugées « politiques »], Ruben a été placé dans une cellule de punition, privé d’accès à l’eau potable, privé de sommeil, contraint à des positions de stress, privé de l’accès à son avocat et détenu au secret », écrivent-ils.

Outre Ruben Vardanian, trois anciens présidents du Haut-Karabakh sont toujours en prison à Bakou : Arayik Haroutiounian (président de mai 2020 à septembre 2023) ; Arkadi Ghoukassian (1997 à 2007), et Bako Sahakian (2007 à 2020). Le dernier chef du Parlement, Davit Ichkhanian, est lui aussi emprisonné, ainsi que David Babayan, ancien ministre des affaires étrangères, et le général Davit Manoukian, l’ex-ministre de la défense (2015-2018) Levon Mnatsakanian. Leur arrestation avait marqué la volonté de Bakou de reprendre rapidement et fermement le contrôle de l’enclave disputée, où vivaient 120 000 Arméniens avant leur exode forcé en septembre 2023.

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