l’avocate de la plaignante évoque une « violence terrible », la défense affirme que les relations sexuelles étaient « consenties »

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Les vice-président et président de la Fédération française de rugby, Jean-Marc Lhermet, et Florian Grill devant le parquet de Mendoza, en Argentine, le 10 juillet 2024.

Deux jours après l’arrestation de deux joueurs du XV de France accusé d’agression sexuelle, deux versions s’affrontent. La plaignante a subi une « violence terrible », a dénoncé son avocate, mercredi 10 juillet, à l’Agence France-Presse (AFP). De son côté, l’avocat des deux joueurs affirme que les relations sexuelles étaient « consenties ».

Le deuxième ligne de Pau Hugo Auradou, 20 ans, et le troisième ligne de La Rochelle Oscar Jegou, 21 ans, ont quitté Buenos Aires dans la journée pour être transférés à Mendoza, à 1 100 kilomètres de la capitale, où ils doivent faire face à la justice.

Les joueurs du XV de France ont été placés en garde à vue après leur arrestation lundi dans le cadre de l’enquête ouverte pour violences sexuelles. En droit argentin, cela peut caractériser des faits allant de l’agression sexuelle jusqu’au viol aggravé, qui pourraient être passibles de vingt ans de prison.

L’agression présumée a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche au Diplomatic Hotel de Mendoza, où logeaient joueurs et staff français, après la victoire (28-13) du XV de France face aux Pumas.

« La violence basée sur le genre est extrêmement grave, la dégradation est extrême », a déclaré MNatacha Romano, l’avocate de la plaignante. « Il s’agirait d’un abus sexuel gravement atroce, avec rapport sexuel, avec la participation de deux personnes, avec violence, pour les deux », a dit à l’AFP MNatacha Romano, évoquant une agression « avec accès charnel », la définition judiciaire du viol en Argentine.

La Fédération souhaite que « la justice aille vite »

Selon l’avocate, sa cliente est rentrée à l’hôtel avec l’un des joueurs impliqués, « identifié comme Hugo ». Toujours d’après Mᵉ Romano, « il l’attrape immédiatement, la jette sur le lit, commence à la déshabiller et se met à la frapper sauvagement d’un coup de poing, dont l’hématome est visible sur le visage de la victime. Il l’étouffe, au point qu’elle a l’impression de se sentir partir ». « Elle tente de s’échapper au moins cinq fois. Mais Hugo se réveille et la reprend », assure-t-elle encore.

Une version contestée par l’avocat de la défense. « Le jeune Français l’invite à se rendre dans les toilettes pour hommes [de la boîte de nuit où ils se sont rencontrés]. Elle dit avoir été gênée (…) mais quelques minutes plus tard, elle se rend à l’hôtel, attend que [le joueur] cherche la clé [de la chambre] et monte à l’étage. Il n’y a pas de plus grand consentement que cette preuve », a affirmé Me Cuneo Libarona, frère du ministre argentin de la justice, Mariano Cuneo Libarona. « Elle prétend avoir été battue, les caméras [de surveillance de l’hôtel] disent qu’elle ne l’a pas été », a-t-il encore expliqué à plusieurs médias dont l’AFP.

Oscar Jegou et Hugo Auradou ont « confirmé avoir eu dans la nuit une relation sexuelle avec la jeune femme mais (…) fermement nié toute forme de violence », selon un communiqué mardi de la Fédération française de rugby (FFR). Le président de la FFR, Florian Grill, qui a rencontré les deux joueurs à Buenos Aires mardi, a dit à l’AFP qu’il souhaitait que « la justice aille vite », pointant « des incohérences ». « Nous sommes allés voir, aujourd’hui [mercredi] à Mendoza, un bras droit de la procureure et la personne en charge du dossier : l’avocat a pu exposer plusieurs points qui questionnent sur la déclaration initiale et qui vont mettre en cause plusieurs déclarations », a-t-il ajouté.

« Les lésions sont compatibles avec le récit de la victime »

Selon la procureure générale de Mendoza, Daniela Chaler, « la déposition [de la plaignante] était assez longue, complète, détaillée et correspondait, pour l’heure, aux conclusions médico-légales ». « Les lésions sont compatibles avec le récit de la victime mais pas nécessairement exclusivement issues d’une agression sexuelle », avait ajouté à la radio LV10 la magistrate qui a demandé le placement en détention provisoire des deux joueurs.

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« Si l’enquête établit les faits reprochés, ils constituent une atrocité sans nom. Pensée pour la victime », avait écrit sur X Amélie Oudéa-Castéra, la ministre française des sports, après la révélation de l’affaire qui a plongé le XV de France dans la tourmente. « Ça a été une journée très difficile, très, très dure. Un moment très difficile à vivre », avait de son côté dit le sélectionneur des Bleus Fabien Galthié mardi.

Victorieux de l’Uruguay (43-28), le XV de France doit à nouveau défier les Pumas samedi à Buenos Aires. « C’était un épisode difficile à gérer émotionnellement. Notre travail, c’est de jouer et remporter ce match, c’est chose faite », a dit après la rencontre le demi de mêlée Baptiste Couilloud, promu capitaine pour l’occasion.

Evoquant la soirée de samedi, l’entraîneur de la mêlée William Servat a expliqué que le groupe avait « passé un moment ensemble [et] mangé ensemble ». « Et après, il y avait une forme de liberté qui a été donnée à tout le monde (…) Il y a eu un moment de liberté. Et bien sûr, le reste, vous le savez », a-t-il ajouté. La tournée a été également marquée par le renvoi en France de l’arrière Melvyn Jaminet, après des propos racistes dans une vidéo publiée dimanche.

Le Monde avec AFP

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