«  La place des femmes dans la vie politique locale demeure un chantier inachevé »

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A l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, la place des femmes dans la vie politique locale demeure, en France, un chantier inachevé. Un siècle et demi après les premiers combats pour le suffrage féminin, la démocratie locale reste marquée par un écart tenace entre l’égalité proclamée et l’égalité exercée. Cette tension éclaire d’un jour particulier l’héritage d’Hubertine Auclert, dont les intuitions continuent de mettre au défi nos institutions.

A la fin du XIXᵉ siècle, Hubertine Auclert (1848-1914) fut l’une des premières à revendiquer ouvertement le droit de vote des femmes et leur accès aux mandats électifs. En fondant, en 1881, le journal La Citoyenne, elle fait de l’égalité politique un enjeu public central. Elle pose déjà la question en des termes qui structurent encore le débat : une citoyenneté ne peut être partielle. On ne peut exiger des femmes qu’elles paient l’impôt et respectent les lois tout en les tenant à distance du vote et des fonctions publiques.

Sa critique visait le cœur du récit républicain : une République qui proclame « liberté, égalité, fraternité » ne peut durablement tolérer une citoyenneté à géométrie variable. Ce paradoxe, Auclert l’avait clairement identifié : les exclusions internes – ici, celles des femmes – produisent un silence institutionnel qui rend l’injustice acceptable. Révéler ces contradictions, c’était, pour elle, rendre la République à ses principes et ouvrir la voie à une refondation de la citoyenneté.

Depuis, des conquêtes décisives ont eu lieu. Les Françaises obtiennent le droit de vote en 1944, tardivement au regard des premières campagnes militantes. Au tournant des années 2000, les lois sur la parité bousculent un paysage politique largement masculin. Aux municipales de 2020, selon le ministère de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, la part des femmes parmi les élus municipaux atteint environ 41,5 %, marquant une progression notable. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, où la parité est obligatoire, ce taux se rapproche de la quasi‑parité (près de 48,4 %) : là où des règles contraignantes s’appliquent, la représentation féminine progresse nettement.

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