« La mort d’Ali Khamenei met à nu l’impasse d’un système »

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La mort d’Ali Khamenei sous les bombes israéliennes et américaines marque moins la chute d’un homme que l’aboutissement d’une trajectoire idéologique entamée en 1979. Avec lui s’éteint le khomeynisme comme projet étatique conquérant. Non parce que les institutions de la République islamique se seraient effondrées ou que les défections dans l’appareil de sécurité se seraient soudainement accélérées, mais parce que sa logique propre l’a conduit à son point de rupture. La République islamique aura péri de la centralité qu’elle a donnée à la lutte transnationale.

Depuis 1979, l’Etat iranien s’est pensé comme le vecteur d’une révolution permanente. Le principe du velayat-e faqih (la « cotutelle » du juriste-théologien) ne se limitait pas à l’architecture institutionnelle interne : il portait une ambition universelle. Exporter la révolution, soutenir les « opprimés », structurer un arc de forces idéologiques du Levant au Yémen, mais aussi et surtout au Pakistan et en Afghanistan : cette matrice a façonné la politique étrangère iranienne pendant près d’un demi-siècle. Le pouvoir n’a jamais dissocié sa survie intérieure de son activisme extérieur.

C’est là que réside la dimension prophétique – et autoréalisatrice – de sa fin. En plaçant la confrontation idéologique au cœur de son agenda international, la République islamique a transformé ses adversaires en ennemis existentiels et s’est elle-même enfermée dans un complexe obsidional. Les Etats-Unis n’ont jamais dissimulé que le changement de régime était, depuis la prise d’otages de 1979 [pendant quatre cent quarante-quatre jours, des diplomates américains ont été retenus à l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran], un objectif stratégique. De George W. Bush à Donald Trump, à l’exception de la parenthèse Barack Obama et du pari de l’accord sur le nucléaire de 2015, Washington a considéré la République islamique comme un adversaire systémique, classé par les autorités américaines comme un Etat soutenant le terrorisme depuis 1984.

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