
L’orgueil démesuré de Donald Trump pourrait-il peser parfois positivement dans les relations internationales ? A rebours du mépris pour la souveraineté des Etats et le droit international que manifeste le président américain en Ukraine, en Iran ou au Venezuela, les sanctions infligées par son administration à l’armée rwandaise et à quatre de ses plus hauts gradés sonnent en apparence comme un rappel à l’ordre à un Etat pris en flagrant délit d’agression de l’un de ses voisins, la République démocratique du Congo (RDC). Rares, les sanctions financières américaines annoncées, lundi 2 mars, par le Trésor américain sont motivées par le « soutien actif » de l’armée rwandaise à un groupe armé, le M23, « responsable de violations des droits de l’homme et d’une crise de déplacements massifs [dans l’est de la] RDC », dans la zone des Kivus.
Tout porte à croire que ce sont moins les atteintes aux droits humains que l’affront infligé par le président rwandais, Paul Kagamé, pourtant très proche des Etats-Unis, qui explique la réponse radicale de Donald Trump. Le 10 décembre 2025, six jours après avoir paraphé un accord de paix conclu avec la RDC sous l’égide des Etats-Unis, l’homme fort de Kigali avait osé relancer son offensive militaire et prendre la ville stratégique d’Uvira dans le Sud-Kivu, avant d’être contraint à un retrait partiel sous la pression américaine. Ce coup de canif dans le « merveilleux traité » de paix, selon l’expression de M. Trump, avait piqué au vif ce dernier.
Comme toujours avec l’actuel locataire de la Maison Blanche, son intérêt pour la « paix » dans l’est de la RDC est moins lié à des préoccupations humanitaires qu’à son hubris et à des visées économiques. Aiguillonné par la perspective de mettre la main sur des gisements de minerais stratégiques, M. Trump avait obtenu l’accord de Kinshasa contre une garantie sécuritaire. Son implication volontariste dans un conflit largement oublié mais très meurtrier, entre le petit Rwanda, autoritaire, expansionniste mais stable et auréolé de succès économiques, et l’immense RDC, au régime imprévisible et à l’Etat à la dérive, n’en est pas moins notable.
Ce conflit, vieux de trois décennies, charriant à la fois des haines issues du génocide des Tutsi du Rwanda et les visées du Rwanda sur les richesses de son faible voisin, avec l’objectif de devenir un hub régional de transformation des minerais, ne saurait trouver d’issue sans l’arbitrage d’une puissance tierce. Mais le coup de semonce de Washington, s’il a contraint Kigali à reconnaître enfin son implication directe dans le conflit, ne semble pas avoir apaisé les tensions sur le terrain.
Dès lors, tout dépend du maintien, et de l’accentuation de la pression américaine sur le régime rwandais. Or Paul Kagamé a su faire de son armée un outil au service de son influence diplomatique. L’indéboulonnable président, en déployant ses militaires dans des missions de maintien de la paix au Soudan du Sud et en République centrafricaine, ou pour sécuriser au Mozambique, grâce à un financement européen, l’immense champ gazier du Cabo Delgado, où investissent TotalEnergies et ExxonMobil, cherche à se rendre indispensable aux Occidentaux. Or seule l’implication de l’Union européenne, aujourd’hui dramatiquement discrète, et des Etats-Unis peut amener les belligérants à respecter enfin le cessez-le-feu. La paix dans la région des Kivus ne saurait dépendre des courtes vues européennes, ni de l’humeur d’un président américain.



















