
Le convoi de voitures roule à tombeau ouvert sur les routes boueuses, s’arrête quelques instants au point de contrôle des militaires lourdement armés avant de repartir et rejoindre le prochain village, tout aussi perdu sur ces terres de désolation et de misère que le précédent. Descente des véhicules, poignées de main, ils sont une dizaine de personnes à sillonner ainsi cette région kurde du sud profond turc, frontalière avec la Syrie, pour rencontrer les habitants chez eux, autour d’un thé chaud ou debout dans le froid. Les regards sont lourds, les voix pressées. Tous ne parlent que de cette odeur de guerre qui flotte dans les airs depuis des jours, en dépit de l’accord conclu, vendredi 30 janvier, entre les forces kurdes du nord syrien et les autorités de Damas.
Hommes et femmes, les membres de la caravane sont des militants de la branche locale du parti turc pro-kurde DEM, troisième force politique du pays, venus de Suruç, ville jumelle de Kobané, en Syrie. Située juste en face, à moins de cinq kilomètres en ligne droite, la ville kurde symbole de la victoire contre les djihadistes du nord-est de la Syrie est encerclée depuis le 21 janvier par les forces du pouvoir central syrien. De Suruç et des villages alentour, sa colline et ses maisons grises aux toits plats se discernent sans mal, derrière le mur frontalier construit par les Turcs.
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