La campagne pour l’interdiction de l’AfD, parti d’extrême droite en Allemagne, reprend de la vigueur depuis les européennes

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Les dirigeants du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), René Aust, Alice Weidel et Tino Chrupalla, à la fin d’une conférence de presse, à Berlin, le 10 juin 2024.

La question est posée depuis un moment, mais les élections européennes l’ont remise au-devant de l’actualité : faut-il interdire le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) ? Alors que celui-ci a obtenu 15,9 % des voix le 9 juin, son meilleur score à l’échelle nationale depuis sa création en 2013, ceux qui souhaitent le proscrire sont plus déterminés que jamais.

C’est le cas du député chrétien-démocrate Marco Wanderwitz (CDU). Depuis deux ans, cet ancien délégué du gouvernement fédéral pour les Länder de l’Est (2020-2021) fait campagne auprès de ses collègues du Bundestag pour que soit lancée une procédure visant à interdire l’AfD. Pour cela, il faut que 5 % des parlementaires – au moins trente-sept élus – donnent leur aval. « Nous avons réuni le nombre suffisant », a déclaré M. Wanderwitz, lundi 17 juin, au quotidien Tageszeitung.

Il y a quelques semaines, ce quorum était loin d’être atteint. S’il l’est aujourd’hui, c’est pour plusieurs raisons. « Il y a eu, en janvier, les informations du site d’investigation Correctiv [faisant état d’un plan secret de l’AfD pour déporter en Afrique du Nord des millions d’immigrés et d’Allemands d’origine étrangère]. Il y a eu, ensuite, l’enquête de la radio-télévision bavaroise nous apprenant que nombre de collaborateurs parlementaires de l’AfD sont membres de l’ultradroite. Or, malgré toutes ces révélations mettant en lumière le vrai visage de ce parti, et malgré les manifestations de masse qui ont eu lieu dans toute l’Allemagne contre ce parti, celui-ci a obtenu le meilleur score de son histoire aux européennes du 9 juin. Cela prouve qu’il y a urgence à agir », explique au Monde M. Wanderwitz.

« Leçons de l’histoire »

Pour le député, qui plaide depuis plus de deux ans pour une interdiction de l’AfD, le récent jugement du tribunal administratif de Münster est un argument déterminant. Fin mai, celui-ci a autorisé les services fédéraux de renseignement à maintenir l’AfD « sous surveillance », rejetant une demande du parti contre son classement comme « groupe suspect d’extrémisme ». Le député n’entend pas pour autant se précipiter. « Nous allons attendre d’avoir le jugement sous sa forme écrite, soit plus de mille pages au bas mot, qui doit nous être communiqué au plus tard d’ici octobre. Et une fois que nous aurons tout examiné, nous pourrons passer à l’étape suivante », explique M. Wanderwitz.

En attendant, les partisans d’une interdiction de l’AfD fourbissent leurs armes. Une semaine après les élections européennes, un collectif baptisé « Interdire l’AfD maintenant » s’est constitué, à Berlin, rassemblant plusieurs syndicats, associations et intellectuels.

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