François-Xavier Bellamy, un conservateur rodé à la politique, en campagne

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L’eurodéputé et tête de liste Les Républicains pour les élections européennes, François-Xavier Bellamy, au Parlement européen, à Strasbourg, le 12 mars 2024.

François-Xavier Bellamy pose son regard bleu sur ses convives. Entre le dessert et le café, la discussion a glissé sur son image d’intellectuel conservateur. Malgré cette étiquette qui est parfois urticante pour lui, le chef de file du parti Les Républicains (LR) – comme  en 2019 – aux élections européennes du 9 juin lâche d’un sourire entendu : « Mais enfin, je m’énerve jamais. » Pourtant, il n’en était pas loin, mardi 7 mai, devant les grilles de Sciences Po Paris, quand il a eu un vif échange avec le député La France insoumise (LFI) du Val-de-Marne, Louis Boyard.

Alors qu’une centaine d’étudiants propalestiniens étaient encore rassemblés, le député « insoumis » a accusé le candidat LR d’être indifférent au sort des habitants de Gaza, tandis que celui-ci a dénoncé en retour la récupération politique de LFI : « Nous sommes venus dire que nos universités françaises n’appartiennent pas à l’extrême gauche. »

La séquence de trois minutes a agité les réseaux sociaux et a remonté le moral des troupes à droite. Plusieurs élus croient même y déceler l’étincelle capable d’allumer une campagne jugée sérieuse, mais trop « bon élève », à l’image de l’eurodéputé de 38 ans. Rue Saint-Guillaume, le professeur de philosophie a défié les « Bellamy casse-toi » et a joué sur du velours en vantant l’autorité chère à la droite, contre « l’entrisme gauchiste et islamiste » à l’œuvre dans l’école, selon lui.

« Il s’est transformé en cinq ans »

A-t-il retenu certains conseils de ses proches, lui qui dit être allergique à la politique spectacle ? « François-Xavier a la politesse de l’intelligence, avance Agnès Evren, sa numéro deux lors des européennes de 2019. Mais on ne le voit pas assez avec un couteau entre les dents. Quand on s’oppose, il ne faut pas avoir peur d’offenser l’autre. »

Ni de brusquer un peu sa nature. Le candidat Bellamy a beau écumer le pays et les plateaux depuis janvier, sa liste stagne toujours autour des 7 % dans les sondages, et certains Cassandre LR imaginent un plongeon sous les 5 %, synonyme de disparition de la droite française du Parlement européen. L’intéressé souhaite relever le gant après les 8,48 % de 2019, vécus comme un accident industriel. L’incident avait coûté la présidence de LR à Laurent Wauquiez, quand « Fix » (comme l’appellent ses proches) poussait la politesse à présenter ses excuses au bureau politique du parti.

Ses détracteurs y voyaient la preuve définitive d’un agneau égaré au milieu des loups. Mais depuis, le très courtois Versaillais aurait, à travers son mandat d’eurodéputé, pris goût au combat. « La politique a une dimension archaïque. François-Xavier n’avait sans doute pas saisi cela au départ, théorise le sénateur de Vendée et fidèle soutien Bruno Retailleau. Mais il s’est transformé en cinq ans et a compris que la politique intègre ce rapport de force comme un langage premier. »

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