face à l’extrême droite, une mobilisation citoyenne protéiforme

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Véronique Blanchard, 55 ans, s’active « comme une toute petite fourmi ». Cette professeure d’histoire à l’université d’Angers, qui a commencé par envoyer des SMS collectifs après l’annonce de la dissolution, rédige désormais un mail chaque jour, avec des conseils de lectures et d’actions de soutien au Nouveau Front populaire (NFP), et des liens pour faire rire. « J’ai eu besoin d’agir, pour ne pas penser », explique-t-elle, portée par l’enthousiasme de ses désormais 120 destinataires, « âgés de 20 ans à 75 ans ».

Elle fait partie des nombreux citoyens qui, durant cette campagne éclair, s’impliquent pour combattre l’extrême droite en dehors des partis politiques. Sur le terrain et/ou en ligne. Parfois seuls. Souvent collectivement. Et de multiples façons.

Certains se sont lancés près de chez eux. Nina Lejeune, 34 ans, éleveuse de poules pondeuses en bio dans le Haut-Var, où le Rassemblement national (RN) domine largement, a eu le déclic un soir où elle distribuait leurs paniers aux membres de son association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP). « L’un d’eux, à qui je confiais mon inquiétude, a été surpris : il était persuadé que le programme du RN était bon pour nous, les petits producteurs. » Depuis, la co-porte parole départementale de la Confédération paysanne a dégagé du temps pour expliquer : « Je suis allée raconter, dans un bar-PMU que je connais, combien je me sens menacée par l’extrême droite, en tant que femme et en tant que paysanne. J’ai aussi rédigé un texte plus général, pour mes amapiens et mes clients du marché, que des collègues commencent eux aussi à diffuser. »

« Manifester ne suffisait pas »

Les citoyens investis dans la très brève campagne en cours se croisent surtout sur les réseaux. Ils sont 3 400 à avoir rejoint le groupe Union anti flamme, créé sur la messagerie Telegram par Emile (il s’agit d’un prénom d’emprunt). Ce militant d’Extinction Rebellion en Charentes-Maritimes, âgé de 28 ans, y a d’abord invité « les contacts noués lors de la réforme des retraites, quand on travaillait à la convergence des luttes sociales et écolos ». D’autres personnes sont arrivées depuis. On s’y donne parfois rendez-vous pour des assemblées citoyennes ou des collages d’affiches… Mais la plupart des canaux servent à partager des conseils, des lectures, des modèles de tracts ou ses propres créations.

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Alice (les personnes citées par leurs prénom ont requis l’anonymat), designeuse à Strasbourg, a imaginé avec son ami Timothé La lettre des enfants, une plate-forme pour « publier des lettres à un proche, où l’on raconte ce que la politique fait à nos vies, et ce que changerait la victoire du RN ». Comme d’autres, elle ne croit pas « au coup de baguette magique si le Nouveau Front populaire gagne, mais espère un monde plus égalitaire, où les médias sont libres et les services publics préservés ». Les deux amis ont travaillé d’arrache-pied : « Manifester ne suffisait pas. On a voulu utiliser nos compétences pour créer du collectif. »

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