
Le Guide suprême, Ali Khamenei, est mort. Comme beaucoup d’Iraniens, j’ai rêvé de ce jour depuis des décennies. Il m’arrivait d’en parler avec des amis : ce que nous ferions lorsque la nouvelle tomberait enfin, comment nous célébrerions, où nous nous rassemblerions. Et pourtant, quand c’est arrivé, j’ai ressenti un étrange mélange de stupeur et d’euphorie. C’est comme si je pouvais respirer librement pour la première fois depuis des décennies. En même temps, je me sens complètement dépassé par les innombrables incertitudes auxquelles l’Iran est désormais confronté et par le fait que le destin de plusieurs générations dépend de ce qui se produira au cours des prochains jours.
Au moment où j’écris ces lignes, les bombes continuent de tomber sur l’Iran. Les objectifs de cette guerre, tels qu’énoncés par le président Donald Trump, visent à détruire l’armée iranienne, à anéantir son programme nucléaire et à renverser le régime. Les Etats-Unis et Israël sont déjà proches d’avoir atteint ces objectifs déclarés. Mais cela ne signifie pas nécessairement que les Iraniens connaîtront la paix et la stabilité rapidement après l’arrêt de cette guerre.
L’issue de cette campagne militaire est difficile à prévoir. L’histoire, cependant, peut permettre de dégager certaines pistes. En 2018, la RAND Corporation [un cercle de réflexion et une société de conseil] a publié une étude approfondie qui examinait des centaines de cas d’interventions militaires américaines à travers le monde. Les auteurs ont identifié trois facteurs qui déterminent la capacité d’un pays envahi à se remettre rapidement sur pied.
Action planifiée
La présence ou non de tensions ethniques et religieuses constitue le premier facteur. En Irak, après l’invasion américaine de 2003, ces antagonismes ont indéniablement été l’une des causes du chaos qui s’est emparé de ce pays. A l’inverse, l’absence de telles tensions a aidé la reconstruction du Japon après la seconde guerre mondiale. L’Iran se distingue des pays de la région par la relative cohésion sociale qui y prévaut, grâce à des frontières qui n’ont pas vraiment bougé depuis des siècles. Mais quarante-sept ans de violence d’Etat contre les minorités ethniques et religieuses ont aggravé d’anciennes fractures, faisant craindre un bain de sang sectaire.
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