en Ille-et-Vilaine, quartier populaire et villageois ensemble pour raconter une autre histoire

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Lorsqu’elles ont compris, au soir des élections européennes, que l’extrême droite était en passe d’accéder au pouvoir, les deux militantes se sont tout de suite appelées. L’une, Régine Komokoli, 43 ans, ancienne migrante exilée de Centrafrique, aujourd’hui conseillère départementale d’Ille-et-Vilaine (ex-EELV, désormais sans étiquette) et figure du quartier populaire de Villejean, à Rennes. L’autre, Juliette Rousseau, 37 ans, autrice engagée à gauche, revenue habiter la campagne où elle a grandi, à 40 kilomètres au sud de Rennes. Cette campagne aujourd’hui « bousillée par l’agro-industrie » et où, à l’heure du dépouillement, beaucoup avaient le cœur à la fête.

Car, même dans cette Bretagne de tradition sociale-démocrate, la liste Bardella a percé aux élections européennes, obtenant 25,58 %, contre 17,32 % en 2019, et 22,2 % en Ille-et-Vilaine. « Régine m’a dit : “Il faut absolument que l’on fasse des trucs ensemble, quartiers populaires et campagnes, pour qu’ils arrêtent de nous opposer” », raconte Juliette Rousseau.

Qu’à cela ne tienne. Quelques boucles WhatsApp plus tard, les voilà une vingtaine à se retrouver chez elle. Bien décidés à raconter une autre histoire que celle dans laquelle le Rassemblement national (RN) entend les enfermer, exploitant une supposée concurrence entre une France des tours, qui serait nécessairement immigrée et trop aidée, et une France des bourgs, qui serait nécessairement blanche et abandonnée par l’Etat.

« On partage les mêmes problèmes »

Les copains du coin sont venus grossir les rangs : une institutrice, un paysan, une illustratrice… Les filles de Villejean, elles, ont covoituré depuis Rennes. Il y a Beyoncé, la fille aînée de Régine, Fatima, Stella, Lydie et sa fille Sarah, Michèle, Margot… Toutes font partie du collectif Kune (« faire ensemble » en espéranto) et agissent contre les violences conjugales dans leur quartier.

« Campagnes et quartiers, on partage les mêmes problèmes, lance Régine Komokoli. On est isolés, on ne nous consulte pas, on n’a pas de représentants. Et l’on ne s’intéresse à nous qu’au moment des élections, en nous considérant comme des réserves de voix. » « On est toujours présentés en opposition, ces récits nous enferment, poursuit Juliette Rousseau. Comme si les campagnes étaient forcément blanches, conservatrices et racistes, comme s’il n’y vivait pas de personnes racisées ni de minorité de genre ».

 « Et comme si le changement climatique n’intéressait pas les quartiers!, poursuit Régine Komokoli. Nous aussi, on voudrait pouvoir manger bio. Sauf que l’on galère. » « Et, à la campagne, on ne rêve pas tous d’un pavillon-voiture-barbecue-écran plat », rappelle Elodie Foulgoc, 33 ans, qui « respecte ceux qui aspirent à ce confort », mais estime que ce mode de vie, à force d’être dépeint comme majoritaire, « nie la pluralité de ceux qui choisissent de vivre autrement : les néoruraux, les alternatifs… »

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