En Grèce, après un incendie déclenché par des feux d’artifice, les capitaines d’un yacht risquent vingt ans de prison

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Une zone endommagée par le feu sur l’île d’Hydra, en Grèce, le 22 juin 2024.

Le soir du 21 juin, un peu avant 23 heures locales, la pinède préservée de l’île touristique d’Hydra, surplombant la baie d’Agios Nikolaos, est en feu. A près de 350 mètres du rivage, un yacht, le Perséphone-1, accueille dix-sept passagers et treize membres d’équipage. Très vite, les pompiers saisonniers de l’île publient sur les réseaux sociaux une photo et expliquent que « l’incendie, provoqué par des tirs de feux d’artifice depuis un bateau, brûle la seule forêt de pins de l’île, dans un endroit difficile d’accès et dépourvu de route ».

Les réactions sont vives. Le maire d’Hydra, Giorgos Koukoudakis, déclare à la chaîne de télévision publique ERT être « indigné que certaines personnes lancent de manière aussi irresponsable des feux d’artifice dans une forêt de pins ». Il s’inquiète aussi que, malgré les incendies répétés en Grèce ces dernières années, Hydra « n’a toujours pas de zones anti-incendies ni de routes forestières » permettant aux pompiers d’accéder à certaines zones isolées.

Dès le matin du 22 juin, la justice s’empare de l’affaire. Seuls les treize membres de l’équipage grec sont auditionnés et poursuivis pour « incendie criminel ». Le jeudi 27 juin au matin, la cour du Pirée a décidé de placer en détention le capitaine et son second jusqu’à l’ouverture de leur procès, à une date encore indéterminée. Les onze autres membres de l’équipage ont été remis en liberté conditionnelle sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter la Grèce. D’après leurs avocats, les onze membres de l’équipage ont dû également payer une caution allant de 10 000 à 20 000 euros selon les cas.

Des oligarques à bord du navire

Lors de son audition, comme le rapporte le journal grec Ethnos, le capitaine a clamé son innocence et assuré avoir « immédiatement contacté les pompiers lorsqu’il a aperçu le feu à 22 h 32 ». « Aucun feu d’artifice n’a été tiré, aucune célébration n’avait lieu. Les passagers avaient dîné à la ville d’Hydra tôt et étaient retournés au navire après avoir terminé leur croisière qui avait commencé il y a une semaine », a-t-il assuré.

Ses propos sont contredits par deux témoins oculaires, membres de l’équipage d’un autre yacht amarré dans une baie voisine. Le juge d’instruction a demandé de nouvelles expertises avant de poursuivre le procès.

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Le fait que les dix-sept passagers du yacht, loué 250 000 euros par semaine, majoritairement d’origine kazakhe, n’aient pas été entendus par les autorités grecques suscite également une importante controverse. Dès le lendemain de l’incident, ces derniers ont pu embarquer à bord d’un jet privé, comme le révèle le consortium de journalistes d’investigation Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP). A bord du luxueux navire, se trouvaient des oligarques, et notamment Daniyar Abulgazin, un des hommes les plus riches du Kazakhstan, à la tête d’une grande compagnie pétrolière et proche de l’ancien président du pays Noursoultan Nazarbaïev, selon l’enquête de l’OCCRP.

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