
Un congrès du parti Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD), destiné à former la nouvelle organisation de jeunesse de la formation d’extrême droite, a été perturbé, samedi 29 novembre, par une large contre-manifestation.
La réunion devait commencer samedi à 10 heures à Giessen, près de Francfort. Mais les militants de l’AfD peinaient à rejoindre la salle en raison du blocage de rues par des détracteurs de la formation xénophobe et prorusse, un peu partout dans la ville.
« Vous êtes la prochaine génération de notre parti. Vous êtes la prochaine génération après moi, après Tino Chrupalla [un des coprésidents de l’AfD], après les anciens ici présents qui dirigent ce pays », a déclaré Alice Weidel, coprésidente du parti, à l’ouverture du congrès, devant le millier de délégués réunis dans la salle.
Très tôt samedi matin, plus de 15 000 personnes protestant contre cette formation, selon le collectif d’associations anti-AfD, « plusieurs milliers », selon la police, ont convergé vers la commune, certains allumant des fumigènes, d’autres brandissant des drapeaux arc-en-ciel ou des banderoles avec des slogans comme « Combattre le fascisme ». Les manifestants étaient encadrés par un important dispositif policier.
Irina Gildt, 28 ans, a déclaré à l’AFP qu’en participant à la manifestation contre l’AfD elle souhaitait prendre position en faveur de la liberté d’expression et de la diversité, et montrer qu’elle ne se laissait pas intimider « par la peur ou la haine ». « Ça vaut bien de se lever tôt », a ajouté la manifestante, rencontrée à l’aube dans les rues de Giessen.
« Quelque chose doit changer »
Arrivée deuxième aux législatives de février, l’AfD, première force d’opposition, se met en ordre de bataille avant une série d’élections régionales en 2026 qu’elle espère remporter, en particulier dans ses bastions de l’Est. Au début de l’année, ce parti avait dû dissoudre son organisation de jeunesse, Junge Alternative (« jeune alternative »), menacée d’interdiction pour son extrémisme. On lui reprochait la promotion d’idées xénophobes et divers scandales, allant du chant raciste à l’organisation d’entraînements paramilitaires.
Une centaine de participants étaient réunis par le parti pour désigner les cadres de sa nouvelle organisation de jeunesse, adopter ses statuts, choisir un nom et un logo. Le parti avait annoncé en attendre un millier. « Ce pays est en difficulté. Et quelque chose doit changer », a déclaré Kevin Potthast, un électricien de 34 ans, de Steinfurt (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), rencontré par l’AFP au congrès. « Il est bien sûr important d’embarquer les jeunes avec nous, parce que les jeunes sont l’avenir », a-t-il ajouté.
La direction de l’AfD veut désormais une organisation de jeunesse nettement plus sous son contrôle mais toujours en lien avec les mouvances les plus radicales. Elle « continuera à entretenir des contacts étroits avec d’autres milieux d’extrême droite et à coopérer avec eux », prédit auprès de l’AFP Fabian Virchow, professeur à l’université de Düsseldorf et spécialiste de ces mouvements.
L’AfD cherche à lisser son image pour gagner en popularité dans l’ouest du pays, où les électeurs répugnent, bien plus qu’à l’Est, à voter pour un parti lié à la fois à des néonazis et à la Russie. Les délégués devront choisir un nom. Parmi les propositions figurent Generation Deutschland, Jugend Germania ou reprendre Junge Alternative.
Pour le logo, l’assemblée doit se prononcer sur « un blason rouge bordé d’or surmonté d’une croix noire elle-même surmontée d’un aigle doré », d’après un descriptif de l’AfD. « L’aigle symbolise notre nation allemande, pour laquelle nous brûlons de passion, la croix représente l’Occident et ses valeurs, que nous défendons avec ardeur », explique le document. Le blason aux couleurs de l’Allemagne s’inscrit « dans une tradition patriotique et conservatrice de droite que [l’AfD veut] raviver ».
Les délégués devraient désigner comme chef Jean-Pascal Hohm, 28 ans, un député régional du Brandebourg, un bastion de l’AfD dans l’Est. Selon le professeur Virchow, les cadres du mouvement de jeunesse « proviennent d’un milieu d’extrême droite où se côtoient d’ex-militants du mouvement identitaire, des corporations étudiantes, ainsi que des individus issus du néonazisme et de groupes ethnonationalistes ».



















