
Depuis le traumatisme initial de la prise en otage, pendant quatre cent quarante-quatre jours, de 52 fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran, dans les premiers jours de la révolution islamique de 1979, l’Iran n’a cessé d’apparaître comme l’Etat-voyou par excellence dans l’opinion publique américaine. Mesuré par des sondages convergents, le faible soutien apporté pour l’instant à l’attaque massive visant le régime iranien, décidée par Donald Trump en coordination avec Israël, n’en est que plus surprenant. Il constitue un avertissement pour le président des Etats-Unis.
Ce dernier ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Il s’est montré en effet incapable d’expliquer de manière convaincante et constante cette guerre choisie. Ses justifications se sont multipliées au risque de l’incohérence et de contre-vérités, comme la mention de « menaces imminentes » non étayées, dans les heures qui ont suivi les premiers bombardements infligés au régime iranien. Pour avoir dénoncé pendant des années l’aventurisme proche-oriental de ses prédécesseurs, Donald Trump savait pourtant mieux que personne qu’un effort de pédagogie serait indispensable pour préparer l’opinion.
Sur le terrain, l’armée américaine continue de bénéficier d’une écrasante supériorité, qui limite les effets des ripostes iraniennes, mais elle fait face à un ennemi résilient. Définitivement délégitimé par la répression dans le sang du dernier soulèvement en date d’une population iranienne qui paie le prix depuis des décennies de choix stratégiques mortifères, le régime, ébranlé par l’assassinat du Guide suprême, Ali Khamenei, s’efforce désormais de régionaliser le conflit pour tenter de fragiliser Washington. L’économie mondiale est déjà affectée par la guerre, et les conséquences de cette dernière ne pourront que s’aggraver si le conflit s’enkyste.
Flottement à Washington
Rien ne dit que ce régime iranien, détesté à l’intérieur de ses frontières et qui sème désormais le chaos à sa périphérie, puisse parvenir à ses fins. Le cumul de frappes intenses produit un effet d’attrition qui ne doit pas être sous-estimé. Il n’empêche. L’attaque contre l’Iran met également en évidence les conséquences de la pratique du pouvoir par Donald Trump depuis son retour à la Maison Blanche, en janvier 2025.
La politisation à outrance de l’appareil militaire, confié à un idéologue choisi selon le seul critère de la loyauté, Pete Hegseth, décrédibilise la parole du Pentagone, pourtant déterminante en temps de guerre. Le choix de confier à des intimes du président de délicates tractations diplomatiques, en lieu et place de diplomates expérimentés, dont une bonne partie a été poussée hors du département d’Etat pour des motifs purement idéologiques dès le retour au pouvoir de Donald Trump, a également contribué à la sensation de flottement qui règne à Washington.
Ce « brouillard de guerre », qui pèse surtout sur l’administration en place, fait resurgir au sein de la base trumpiste la plus isolationniste les accusations selon lesquelles le gouvernement américain conduit une guerre pour le seul bénéfice d’Israël. Ces critiques étaient déjà apparues de manière souvent virulentes lors de la « guerre de douze jours » contre Téhéran, lancée par l’Etat hébreu et à laquelle Washington s’était joint, en juin 2025. Elles constituent un risque non négligeable pour l’homme élu et réélu sur la promesse de « l’Amérique d’abord ».

















