« Dans les troubles neurologiques fonctionnels, l’imagerie montre une hyperactivation des régions traitant les émotions »

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Les troubles neurologiques fonctionnels (TNF) sont un des principaux motifs de consultation en neurologie. Perte de l’usage d’un membre, troubles de l’élocution, mouvements anormaux ou encore crises fonctionnelles dissociatives, leurs manifestations sont variées. Alors que l’imagerie ne montre aucune lésion du système nerveux central pour les expliquer, ces symptômes sont bien réels. Jusqu’ici, les scientifiques peinent à comprendre et à expliquer leurs mécanismes. Béatrice Garcin, professeure de neurologie à l’hôpital Avicenne de Bobigny, fait le point.

En l’absence de lésions cérébrales, que dit l’imagerie concernant les TNF ?

Les données varient selon la méthodologie utilisée. Mais des études en IRM fonctionnelle montrent une hyperactivation des régions traitant les émotions, notamment la peur, au niveau de l’amygdale – fortement connectée aux régions motrices du cerveau –, même lorsque ces patients sont soumis à une émotion positive. Et ce, d’autant plus qu’il y a eu des traumatismes durant l’enfance. Alors que la maturation du cerveau se fait jusqu’à 25-30 ans, cela laisse supposer que le cerveau d’un enfant qui a grandi dans l’insécurité s’est développé en mode survie pour faire face au danger, comme chez un animal dans la nature : il surréagit au moindre stimulus.

Dans les mouvements anormaux fonctionnels, les patients ont des mouvements qui ressemblent aux mouvements volontaires, mais n’ont pas la perception que ce sont eux qui ont fait le mouvement. On dit qu’ils ont une perte du sens de l’agentivité. Ce sens repose beaucoup sur une région qui s’appelle « jonction temporo-pariétale droite », et qui intègre à la fois la commande du mouvement et la perception du mouvement réalisé. Chez ces patients, plusieurs études ont objectivé que cette région dysfonctionne, avec notamment une hypoactivité. Cela prouve bien que la personne ne « produit » pas son symptôme, alors que de nombreux soignants en doutent encore – d’autant qu’on ne retrouve pas ces anomalies à l’imagerie chez les patients qui simulent. Des chercheurs suisses évaluent l’utilité de recourir à la stimulation magnétique transcrânienne pour stimuler cette jonction temporo-pariétale droite, dans l’espoir de favoriser une meilleure agentivité.

A partir de là, peut-on en déduire des mécanismes de fonctionnement ?

L’imagerie fonctionnelle nous donne des pistes pour mieux appréhender les TNF, mais, pour l’heure, nous ne comprenons pas bien les liens entre l’hyperconnectivité de certaines zones et le déclenchement des symptômes. Nous avons identifié des facteurs de risques (maltraitance, troubles psychiques, traumatisme crânien, maladies neurologiques) et des facteurs précipitant l’apparition des TNF (nouveau psychotrauma, stress intense, chocs physiques), mais nous ne savons pas expliquer leur intrication avec le fonctionnement du cerveau. Nous savons cependant que les facteurs précipitants conditionnent la manifestation de la pathologie. Une blessure, par exemple, peut déclencher un TNF moteur tel que la perte de mobilité d’un membre ou un mouvement anormal.

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