
Livre. Ce sont des guerres invisibles avec des actions non revendiquées, dont les auteurs usent du « déni plausible » pour réfuter toute implication. Ces opérations polymorphes sont aussi bien des cyberattaques que des campagnes de désinformation. Les néoempires autoritaires qui veulent remettre en question l’ordre international en usent avec efficacité, à commencer par la Russie de Vladimir Poutine. « Ils recherchent en permanence l’ambiguïté et l’incertitude pour nous imposer in fine le fait accompli avec une prise de risque réduite », souligne le chef d’état-major des armées Thierry Burkhard dans sa préface au livre de Christine Dugoin-Clément, Géopolitique de l’ingérence russe. La stratégie du chaos (PUF, 248 pages, 15 euros). Un ouvrage important pour comprendre la nature, les méthodes et l’ampleur de ces menées hybrides.
« L’intégration de la guerre informationnelle dans l’arsenal du Kremlin lui a permis d’adopter une réponse asymétrique et systémique face aux Occidentaux », écrit la chercheuse à la chaire Risques et à l’observatoire de l’intelligence artificielle de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, soulignant que « Moscou a ainsi endossé un rôle que les Occidentaux ont des difficultés à lire et à intégrer, particulièrement en ce qui concerne les réponses à apporter à un Etat qui ne se prive jamais de rappeler son statut de puissance nucléaire, tout en rendant de plus en plus floues les frontières séparant temps de paix et temps de guerre ». Les pays occidentaux, non sans quelque retard, ont néanmoins compris le risque que représentent ces ingérences pour la démocratie comme pour la cohésion de leurs sociétés et commencent à se doter des moyens d’y répondre.
Passé mis en perspective
La première de ces cyberattaques massives a été lancée en 2007 contre l’Estonie. Elle fut attribuée à des « acteurs russophones », tandis que le Kremlin niait avoir pris part à l’affaire. C’est aussi en 2007 que, dans un discours prononcé à la conférence sur la sécurité à Munich, grand rendez-vous annuel pour les questions de sécurité, le président russe, qui jusque-là feignait une volonté de dialogue, se lança dans un réquisitoire contre les Occidentaux et l’expansion de l’OTAN vers l’est. Un an plus tard, le maître du Kremlin attaquait la Géorgie, puis, en 2014, il annexait la Crimée et commençait sa guerre d’agression en Ukraine.
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