Chez les personnes LGBTQIA+, la crainte d’un « retour en arrière » en cas d’arrivée au pouvoir du RN

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La « Pink Parade », une célébration de la fierté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT), à Nice, le 23 juin 2024.

Après l’annonce, par Emmanuel Macron, de la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin, pris d’angoisse, Oscar (il a souhaité rester anonyme), homme transgenre de 21 ans, a passé la soirée sur Internet pour s’informer sur les démarches administratives permettant d’officialiser son changement de la mention « sexe » à l’état civil. Témoignages de proches, attestations prouvant que le sexe indiqué n’est pas conforme au genre vécu, éventuellement certificats médicaux (même si, depuis la loi de modernisation de la justice de 2016, leur absence ne peut justifier un refus)…, la procédure est soumise à la décision du tribunal judiciaire et prend plusieurs mois.

Mais, si le temps manquait désormais, s’inquiète Oscar ? « C’est quelque chose que j’avais déjà en tête avant, mais là, je me suis dit que ce serait bien de m’en occuper le plus rapidement possible. Si le Rassemblement national [RN] arrive au pouvoir, ça deviendra sans doute plus compliqué », anticipe l’étudiant en psychologie francilien, qui prend des hormones masculinisantes et a déjà effectué son changement de prénom à la mairie.

« Le changement de genre est important pour moi parce que je vais bientôt entrer sur le marché du travail, et aussi parce que cela peut entraîner pas mal de difficultés au quotidien », explique-t-il, craignant d’être sans cesse renvoyé à sa transidentité, et donc potentiellement mis en danger. Les propos tenus par Emmanuel Macron, le 18 juin sur l’île de Sein (Finistère), qui a jugé « ubuesque » une proposition de la gauche visant à déjudiciariser le changement d’état civil, l’ont « choqué ».

Montée des violences

En cas d’arrivée au pouvoir, comment l’extrême droite s’y prendrait-elle pour revenir sur les droits des personnes LGBTQIA+ ? La question agite l’ensemble de la « communauté » depuis le 9 juin. Elle se pose avec acuité au sein de la minorité transgenre, moins tolérée au sein de la société, et chez leurs proches. La perspective d’un « retour en arrière » inquiète fortement au sein des familles concernées, déjà échaudées par l’adoption en première lecture au Sénat, le 28 mai, d’une proposition de loi portée par Les Républicains (LR) interdisant les traitements hormonaux et encadrant strictement la délivrance de bloqueurs de puberté aux mineurs.

A l’image de Sophie Fernandes, la mère d’un garçon transgenre de 16 ans, Romain. « Il prend des hormones masculinisantes depuis un an, sur prescription médicale, et il a eu une torsoplastie. Nous avons dû nous battre pour cela, alors que son équilibre et sa santé mentale en dépendaient. Je n’ose pas imaginer dans quel état il serait s’il devait arrêter les traitements, alors qu’il va bien désormais », confie cette habitante des Lilas (Seine-Saint-Denis). Lors des débats au Sénat, le sénateur RN des Bouches-du-Rhône, Stéphane Ravier, avait affirmé que « les mineurs trans n’existent pas ».

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