Ces détectives démographes amateurs qui « traquent » les supercentenaires

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Denise Leroy, née le 4 juillet 1913, dans le parc des Dervallières, à Nantes, le 7 juin 2024.

Certains loisirs étonnent. Le leur ? Lister les ultravieux. La dizaine de bénévoles du site Web collaboratif « Les grands centenaires français » tient scrupuleusement à jour le recensement des supercentenaires de France, ce club restreint d’une trentaine de personnes ayant franchi le cap des 110 ans. En tête de leur tableau Excel, Marie-Rose Tessier, née le 21 mai 1910, âgée de 114 ans, vivant aux Sables-d’Olonne (Vendée). Tout en bas, en 36e et dernière position, la Marseillaise Hélène Malfuson, qui a vu le jour le 29 mai 1914. Un seul homme figure à ce palmarès des Français les plus âgés : Maurice Le Coutour, qui a fêté ses 110 ans le 12 mai, à Barfleur, en Normandie.

C’est donc un petit collectif de passionnés de statistiques et de généalogie qui a repéré, une à une, ces 36 exceptions aux normes d’espérance de vie. Etudiants, actifs ou retraités, éparpillés dans tout le pays, ils communiquent entre eux sans guère se côtoyer et cherchent plus ardemment les grands centenaires que la lumière. Leur quête est précieuse : aucun organisme officiel ne la mène.

Certes, l’Insee produit des estimations de population en extrapolant à partir d’échantillons recensés, « mais, pour une catégorie d’âge aussi réduite, les risques d’erreur sont grands », précise France Meslé, directrice de recherches à l’Institut national d’études démographiques (INED), qui voit donc d’un bon œil cette « démarche de détection » citoyenne. « En France, il n’y a pas de registre de population, complète le démographe et épidémiologiste Jean-Marie Robine, spécialiste de l’allongement de la vie. Avec leur décompte de supercentenaires, ces amateurs font de la science participative. Nous reconnaissons tout à fait leur travail. »

Un passe-temps déroutant

Les traqueurs de « grands centenaires » participent d’ailleurs aux séminaires internationaux de l’INED sur les supercentenaires. Ils ont cosigné la dernière étude de l’Institut, parue en mai, sur la vie au-delà de 105 ans. Et c’est avec les scientifiques qu’ils ont élaboré leur protocole de validation d’âge imposant le recueil de l’acte officiel de naissance, d’un document de milieu de vie et d’une preuve d’existence récente. « Cela se révèle souvent compliqué avec les mairies corses, par exemple, qui ne répondent pas. On a l’impression de leur voler leur histoire quand on leur demande un document administratif. Je dois parfois passer par le conciliateur de justice », regrette Laurent Toussaint, ingénieur informatique de 57 ans.

Qu’est-ce qui pousse ce Bordelais à « mettre au propre », une demi-journée par semaine, des tableaux de doyens ? « J’ai toujours été fou de statistiques, et de sport. Alors j’ai commencé par des tableaux statistiques sur le foot, le tennis, le rugby. J’aime l’histoire, aussi. J’ai rencontré des vétérans de 1914-1918, dont certains ont vécu plus de 110 ans. Un jour, grâce aux articles de la presse régionale qui se font l’écho de ces anniversaires hors norme, j’ai commencé tout seul un tableau des personnes de plus de 110 ans. » Le sujet en intéresse d’autres, constate-t-il. Chercheurs, familles de centenaires, grand public, même. Ainsi naît l’idée du site Web collaboratif qu’Arnaud Le Page crée en 2013, et qu’il coordonne aujourd’hui.

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