
Marie Jauffret-Roustide est sociologue à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et directrice du programme « Sciences sociales, drogues et sociétés » de l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Elle a notamment dirigé le numéro de la revue Esprit, « Politique des drogues », paru en 2017.
« Acheter de la cocaïne [ou] du cannabis [signifie] de fait être complice et donner du financement à des réseaux de criminalité organisée », a déclaré Emmanuel Macron, le 18 novembre, cinq jours après l’assassinat de Mehdi Kessaci à Marseille. Cette accusation est-elle légitime ?
Non. Le problème, c’est que ce discours du « consommateur complice » évite d’interroger la responsabilité de l’Etat dans ce drame et en particulier l’abandon des quartiers populaires aux réseaux de trafiquants. Par ailleurs, si les consommateurs ont une part de responsabilité dans leurs achats, il faut nuancer lorsqu’il s’agit de drogues. Environ 10 % des usagers de substances illicites sont dépendants : ils peuvent difficilement arrêter. Les culpabiliser risque d’être contre-productif : plus ils se sentent stigmatisés, moins ils se feront soigner, par honte ou par peur.
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