
Des experts mandatés par l’Organisation des Nations unies (ONU) ont déclaré, jeudi 5 février, que la famine menace de s’étendre à deux nouvelles régions de l’ouest du Soudan, à la suite de la chute d’El-Fasher, capitale du Darfour du Nord, qui a poussé des populations affamées vers des zones voisines déjà fragilisées.
Depuis avril 2023, la guerre entre l’armée régulière et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a plongé plus de 21 millions de personnes dans l’insécurité alimentaire à travers le Soudan.
« Les seuils pour la malnutrition aiguë ont été dépassés » dans les localités d’Oum Barou et de Kernoi, près de la frontière tchadienne, ont fait savoir les experts du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, un organisme mandaté par l’ONU et basé à Rome. Ces deux localités se trouvent dans l’Etat du Darfour-Nord, près de la frontière tchadienne.
« Afflux massif » de civils
A Oum Barou, 18,1 % des enfants de 6 mois à 5 ans souffrent de malnutrition aiguë sévère. A Kernoi, leur taux est de 7,8 %. La situation s’explique, selon les experts, par un « afflux massif » de civils après la chute d’El-Fasher, dernier bastion de l’armée au Darfour, tombé fin octobre aux mains des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
« Ces taux alarmants font peser un risque accru de mortalité excessive et suscitent des inquiétudes quant au fait que les zones voisines pourraient connaître des conditions catastrophiques similaires », ajoutent les experts. Ils expliquent que le déplacement de civils d’El-Fasher vers les zones environnantes, a « mis à rude épreuve les ressources » des communautés locales, « aggravant l’insécurité alimentaire aiguë et la malnutrition ».
La prise de la ville par les FSR a été marquée, selon de nombreux rapports, par des massacres, viols et enlèvements. Les deux belligérants sont accusés d’exactions dans le conflit.
Londres a sanctionné jeudi six personnes – dont des officiers des deux camps – pour avoir commis des atrocités ou fourni des mercenaires et du matériel militaire. Ces mesures visent « à démanteler la machine de guerre » au Soudan, a déclaré la ministre des affaires étrangères britannique, Yvette Cooper.
« Pire crise humanitaire au monde »
L’offensive des FSR, marquée par des exactions et des violences sexuelles, a provoqué le déplacement de plus de 127 000 personnes, selon l’ONU, exacerbant la pression sur « les ressources et les capacités des communautés locales », estiment les experts.
La guerre meurtrière entre l’armée et les FSR ravage le Soudan depuis avril 2023. Près de trois ans de guerre ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts, déraciné environ 11 millions de personnes, provoquant ce que l’ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».
Plus de 21 millions de personnes sont désormais confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, et les deux tiers de la population ont un besoin urgent d’aide. L’ONU a averti que leurs stocks d’aide alimentaire pourraient être épuisés d’ici à la fin de mars.


















