
« L’heure n’est plus à l’alerte mais à l’action » : mettant en lumière la hausse des féminicides conjugaux et des « dysfonctionnements » persistants, les associations féministes appellent à descendre dans la rue samedi 22 novembre pour réclamer une politique de lutte contre les violences faites aux femmes « à la hauteur ».
A Paris, le cortège partira à 14 heures de la place de la République à l’appel du collectif « grève féministe » qui réunit une soixantaine d’associations, syndicats et fédérations engagés sur la question des droits des femmes. Des rassemblements sont également prévus dans des dizaines d’autres villes, à Lille, Lyon, La Rochelle, Bordeaux notamment.
« En France, des policiers sont accusés de viol dans un dépôt de palais de justice, le nombre de féminicides conjugaux augmente, et on n’a toujours pas de plan détaillé de lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans les universités », a listé Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF).
« On baisse les subventions des associations, on rechigne à prévenir les violences au travail et à prendre en charge leurs conséquences », a-t-elle souligné mercredi lors d’une conférence de presse.
Huit ans après l’accession à l’Elysée d’Emmanuel Macron, les associations féministes ne mâchent pas leurs mots à l’encontre de la politique menée par le chef de l’Etat. Ce dernier s’était engagé à faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause de son premier quinquennat, une promesse réitérée au début de son second mandat, en 2022.
« Impunité des agresseurs » et « dysfonctionnements persistants »
Sous sa présidence, la ligne d’écoute associative 3919 destinée aux femmes victimes de violence a bénéficié d’un soutien financier accru, des dispositifs de protection (téléphones « grave danger », bracelets antirapprochement…) ont été déployés. Une aide universelle d’urgence, conçue pour aider les victimes de violences conjugales à quitter leur domicile, a également été mise en place.
Mais ces actions sont jugées insuffisantes, et plusieurs rapports (Cour des comptes, Sénat, Assemblée nationale…) ont épinglé « une cause mal dotée » financièrement et déploré les montants « dérisoires » alloués.
Sur le plan pénal, les associations féministes déplorent des plaintes pour violences encore trop souvent classées sans suite, « l’impunité des agresseurs » et dénoncent des « dysfonctionnements persistants ».
Les derniers chiffres officiels font état d’un nombre de féminicides conjugaux en hausse de 11 % entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint.
« Toutes les sept heures en France, il y a une femme que son conjoint ou ex-conjoint tue, tente de tuer, conduit à se suicider ou à tenter de se suicider », résume la mission interministérielle pour la protection des femmes (Miprof) dans son rapport annuel 2024 publié jeudi 20 novembre.
« Nous sommes sur tous les fronts », prévient le gouvernement
La Miprof fait également état d’une femme victime toutes les deux minutes de viol, tentative de viol ou d’agression sexuelle et toutes les vingt-trois secondes de harcèlement sexuel, d’exhibition sexuelle ou d’envoi non sollicité de contenus à caractère sexuel.
« La disparité entre le discours qui est tenu publiquement et la réalité de terrain est effarante, estime Jodie Coste, de l’Union nationale des familles de féminicides. Aujourd’hui, l’indicible se passe tous les jours, on n’est plus là à l’heure d’avertir, il faut absolument agir. »
Du côté du gouvernement, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a assuré, à la fin d’octobre, que la mobilisation des policiers et des gendarmes était « totale ». « Nous sommes sur tous les fronts, de la prévention à la répression », a-t-il déclaré.
La ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes, Aurore Bergé, a, de son côté, réaffirmé son engagement en faveur d’une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, mesure réclamée de longue date par les associations féministes qui jugent la législation actuelle « morcelée et incomplète. Un projet de loi-cadre devrait être » rapidement présenté, selon l’entourage de la ministre.
« Ce qu’il faut, c’est une vraie révolution, que ce soit sur la prévention, sur l’accompagnement et la prise en charge judiciaire, le parcours judiciaire des victimes de violences sexuelles », prévient Floriane Volt, de la Fondation des femmes.
Parallèlement à ce texte, une proposition de loi visant à « améliorer l’accompagnement et la prise en charge des soins des victimes de violences sexistes et sexuelles » a été déposée à l’Assemblée nationale. Le texte sera présenté lundi par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez.


















