A La Mecque, plus de 900 pèlerins sont morts pendant le hadj à cause de la chaleur

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Des pèlerins musulmans encerclent la Kaaba alors qu’ils effectuent le « tawaf » à la Grande Mosquée, lors du hadj, à La Mecque, en Arabie saoudite, le 18 juin 2024.

Les conséquences des fortes chaleurs en Arabie saoudite ont été dévastatrices. Des proches de pèlerins portés disparus pendant le hadj en Arabie saoudite ont fouillé les hôpitaux, mercredi 19 juin, redoutant le pire après la mort de plus de 900 fidèles lors de ce grand pèlerinage musulman annuel, la plupart en raison de la canicule.

Ce pèlerinage musulman, de vendredi à dimanche, s’est déroulé cette année encore en plein été, dans l’une des régions les plus chaudes au monde, avec des températures atteignant les 51,8 °C à La Mecque, la ville la plus sainte de l’islam. Les autorités saoudiennes avaient affirmé dimanche avoir traité plus de 2 000 pèlerins souffrant de stress thermique, sans parler de morts.

Le dernier bilan porte à 922 le nombre total de morts comptabilisés jusqu’à présent au hadj, selon un décompte de l’Agence France-Presse (AFP) réalisé à partir de données fournies par différents pays. La majorité des pèlerins tués lors du hadj qui s’est déroulé la semaine dernière sont de nationalité égyptienne.

Selon un diplomate arabe, le bilan des morts égyptiens au hadj est monté à au moins 600. « Tous sont morts à cause de la chaleur », à l’exception d’un pèlerin qui a succombé après avoir été blessé lors d’un mouvement de foule, a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) l’un des diplomates, ajoutant que le chiffre total provenait de la morgue d’un hôpital du quartier de La Mecque Al-Muaisem.

« Cela arrive chaque année »

Au moins 60 Jordaniens sont également morts, ont fait savoir les diplomates, alors que le ministère des affaires étrangères jordanien avait affirmé plus tôt mardi avoir délivré 41 permis d’inhumer, afin que soient enterrés des fidèles à La Mecque. Les autorités « suivent les procédures d’enterrement des pèlerins jordaniens morts pendant le hadj, victimes d’un coup de chaleur », avait ajouté le ministère.

Un diplomate a affirmé mercredi que soixante-huit ressortissants indiens figuraient aussi parmi les centaines de fidèles morts. « Certains [décès] sont dus à des causes naturelles, nous avons eu de nombreux pèlerins âgés. D’autres sont dus aux conditions météorologiques, c’est ce que nous supposons », a déclaré ce diplomate d’un pays asiatique en Arabie saoudite, sous le couvert de l’anonymat.

Ce même diplomate a évoqué également un certain nombre de disparus, sans fournir de détails. « Cela arrive chaque année (…). Nous ne pouvons pas dire que ce chiffre soit anormalement élevé cette année », a-t-il déclaré. « C’est un peu similaire à l’année dernière, mais nous en saurons plus dans les prochains jours », a-t-il ajouté.

L’Indonésie, l’Iran, le Sénégal, la Tunisie et le Kurdistan irakien ont également signalé des décès, sans en préciser la cause pour la plupart. Facebook et d’autres réseaux sociaux ont été inondés de photos de personnes disparues et de demandes d’informations.

L’année dernière, plus de deux cents pèlerins avaient péri, la plupart d’Indonésie.

Augmentation de 0,4 °C à La Mecque tous les dix ans

Le hadj, qui consiste en une série de rites codifiés qui se déroulent durant plusieurs jours au cœur de La Mecque et dans ses environs, est l’un des cinq piliers de l’islam. Tous les musulmans sont censés accomplir le hadj au moins une fois dans leur vie s’ils en ont les moyens. Certains attendent parfois pendant des années avant de pouvoir faire le voyage, les permis étant attribués chaque année par le royaume sur la base de quotas par pays.

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L’événement subit de plus en plus les effets du changement climatique, a averti une étude saoudienne publiée en mai 2024, selon laquelle les températures sur les sites où se déroulent les rituels augmentent de 0,4 °C tous les dix ans.

Des journalistes de l’AFP à Mina, près de La Mecque, ont vu lundi des pèlerins se verser des bouteilles d’eau sur la tête, alors que des bénévoles distribuaient des boissons fraîches et des glaces.

Les autorités saoudiennes ont conseillé aux fidèles d’utiliser des ombrelles, de boire beaucoup et d’éviter de s’exposer au soleil durant les heures les plus chaudes de la journée, mais de nombreux rituels se font à l’extérieur et en pleine journée.

Certains pèlerins ont dit avoir vu des corps gisant sur le bord de la route et des ambulances semblant parfois débordées.

Plus de 1,8 million de pèlerins rassemblés

Chaque année, des dizaines de milliers de pèlerins tentent de participer au hadj sans autorisation officielle, ce qui leur interdit l’accès aux installations climatisées.

Selon un des diplomates interrogés par l’AFP, le bilan des morts égyptiens a été considérablement alourdi par la présence de pèlerins qui n’étaient pas munis de ces autorisations.

Ces pèlerins « ont été sans nourriture, sans eau ou air conditionné pendant longtemps », a précisé un responsable égyptien supervisant le pèlerinage pour son pays. Ils sont morts « en raison de la chaleur parce que la plupart d’entre eux n’avaient nulle part » où s’abriter, selon lui.

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Environ 1,8 million de fidèles ont pris part au hadj cette année, dont 1,6 million venus de l’étranger, selon les autorités saoudiennes. Rassemblés au cœur de la mosquée Al-Haram (ou Grande Mosquée), les pèlerins accomplissent d’abord le rite du tawaf, qui consiste à tourner autour de la Kaaba, la structure cubique noire vers laquelle les musulmans du monde entier se dirigent pour prier. Ils passent ensuite la nuit dans des tentes climatisées à Mina, une vallée surplombée de montagnes rocheuses située à quelques kilomètres de La Mecque.

Selon le porte-parole du ministère de la santé saoudien, Mohammed Al-Abdulali, plus de 10 000 cas de maladies liées à la chaleur ont été recensés l’année dernière. Après le drame de 2015, lorsqu’une gigantesque bousculade avait causé la mort de 2 300 personnes, les autorités ont procédé à d’importants aménagements, notamment à la mosquée Al-Haram, dont les travaux d’agrandissement devraient s’achever en 2025.

Le Monde avec AFP

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