
Livre. A l’été 2022, l’avocat Eric Morain annonce, dans un long texte publié sur Twitter (pas encore devenu X), qu’il a décidé de raccrocher sa robe. « Je ne veux pas être dans quelques années un avocat de 60, puis de 65, puis de 70 ans, et puis de plus encore, au milieu de ce monde de justice qui ne nous écoute plus. Je crois que je n’en ai plus la force. »
La décision tournait dans sa tête depuis quelques mois. Avocat d’une association de victimes au procès de l’attentat contre le père Jacques Hamel, poignardé six ans plus tôt dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), il avait éprouvé « un immense vide, un mélange de lassitude et un besoin d’air » après ces longues semaines d’audience. La « succession de moments de grâce » de ce procès qui, en dépit de la gravité des crimes jugés fut empreint d’une grande humanité, figure parmi les précieux souvenirs des vingt-six ans de barre rassemblés dans son livre Il était un avocat. Récits de justice et d’injustices (Les Arènes, 208 pages, 22 euros).
Avocat à l’imparfait, donc, mais avide de retenir son cortège d’émotions, de visages, de bonheurs, d’échecs et de sourires. Et les voilà qui avancent au fil des pages : la femme dont la façade de glace se brise au beau milieu d’un rendez-vous ; l’humilité d’Henriette, Cosette des temps modernes exploitée par un couple de grands bourgeois parisiens ; le vertige éprouvé à l’audience face à l’aveu d’un client qui lui avait juré son innocence ; la cleptomane venue lui demander de le défendre et qui repart en lui subtilisant le chèque d’acompte tout juste versé ; les heures lourdes, si lourdes, passées aux côtés des victimes du fondateur de l’Ecole en bateau, jugé et condamné en 2013 pour des viols commis quinze à vingt ans plus tôt ; celles, tendues, de la confrontation entre son client, le général Philippe Rondot, maître espion devenu l’encombrant témoin de l’affaire Clearstream, face à Dominique de Villepin ; les victoires fêtées dans les chais des nombreux vignerons qu’il a défendus ; ou encore le souvenir ému du moment où, sur le parking de la prison de Bapaume (Pas-de-Calais), il a chargé dans le coffre de sa voiture les affaires de l’un des plus vieux détenus de France, Michel Cardon, dont il avait obtenu la remise en liberté après plus de quarante ans passés derrière les barreaux.
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