« L’Europe attend avec impatience le discours du président français »

2920


Face au nouveau contexte géopolitique, les Européens partagent le constat d’une nouvelle ère nucléaire, dans laquelle les anciennes certitudes en matière de sécurité européenne et de dissuasion ne s’appliquent plus. En quête d’une nouvelle architecture, les alliés, d’habitude centrés sur l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, se tournent vers la France pour mieux comprendre la culture stratégique française et répondre à l’appel d’Emmanuel Macron à ouvrir un dialogue sur la contribution des armes nucléaires françaises à la défense de l’Europe. C’est désormais à la France de traduire ces discussions en actes : son discours sur la stratégie de défense et de dissuasion, prévu le 2 mars, et attendu avec impatience, en est l’occasion.

Deux événements ont ébranlé les fondements de la complaisance stratégique européenne dans le domaine de la dissuasion. Le premier est l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en 2022. Moscou y mène une guerre conventionnelle sous l’ombre de la dissuasion nucléaire, afin de limiter le soutien occidental à Kiev, de sanctuariser son territoire et de consolider ses gains militaires. Le message est clair : les armes nucléaires continuent de jouer un rôle central dans la stratégie russe, et l’Europe doit y faire face.

La deuxième évolution tient au retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025. L’attitude conflictuelle de Washington et la volonté de conditionner ses engagements de défense à un agenda politique plus large ont ébranlé la confiance de nombreux Européens. Malgré les réassurances de l’administration Trump, ils se demandent si la promesse américaine de défendre l’Europe par un engagement conventionnel, voire nucléaire, est encore crédible.

Option attractive

La conséquence de ces deux développements est que l’Europe risque de se retrouver dans une situation de dissuasion insuffisante, où ses adversaires pourraient percevoir un écart croissant entre les intérêts de l’Europe et sa capacité ou volonté de les défendre. Un tel déficit ne résulterait pas nécessairement d’un retrait des forces américaines d’Europe : il pourrait se développer progressivement, à cause d’ambiguïtés, de retards et de signaux contradictoires, en particulier en période de crise, où la crédibilité est cruciale. La dissuasion ne repose pas uniquement sur les capacités militaires, mais aussi sur les perceptions. Si la Russie en venait à croire que Washington ne serait pas prêt à escalader en cas de nécessité et que l’Europe ne serait pas en mesure de compenser cela, la coercition nucléaire deviendrait une option attractive pour Moscou.

Il vous reste 59.81% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link