
Première préoccupation des Français pour les municipales, la santé s’invite dans les élections des 15 et 22 mars. Les débats sur la décentralisation sanitaire refont surface, et une tentation récurrente consiste à chercher le « bon échelon » administratif pour réparer un système de santé sous tension. Portés par le premier ministre, le label France Santé [dispositif conçu pour améliorer l’accès aux soins] et le renforcement du rôle des départements témoignent de cette quête.
L’histoire récente invite pourtant à la prudence. De l’avis général, l’échelon départemental n’a guère fait ses preuves en matière de vieillissement comme de protection maternelle et infantile. Parallèlement, des collectivités territoriales – métropoles, intercommunalités, communes – expriment leur intérêt pour la santé de leur population et agissent déjà dans ce sens.
Ces évolutions interviennent dans un contexte de restrictions budgétaires durables et dans un moment de fragilité démocratique. Les majorités sont introuvables, les ministres de la santé se succèdent, les textes structurants se font rares, et les propositions de loi prolifèrent sans cohérence. Dans ce paysage incertain, un mouvement continu s’affirme : le renforcement de l’échelon local, notamment municipal. Depuis la crise due au Covid-19, les collectivités ont été activement sollicitées pour apporter des réponses concrètes aux difficultés d’accès aux soins. Ce déplacement n’est pas anodin. Il traduit une transformation des attentes démocratiques : on se tourne vers le maire plus qu’on ne s’adresse aux administrations centrales, hors de portée.
La question décisive des moyens
Or en matière de santé, la contribution des collectivités locales dépasse de beaucoup la seule question du soin, qui demeure pour l’essentiel une compétence nationale. La véritable force des collectivités réside ailleurs : dans leur capacité à promouvoir la santé « dans toutes les politiques », selon l’approche défendue de longue date par l’Organisation mondiale de la santé. Car la santé ne se joue pas seulement au cabinet médical ou à l’hôpital. Elle se fabrique dans le logement, les transports, l’urbanisme, l’accès aux espaces verts ou encore les possibilités d’activité physique. Les collectivités peuvent agir sur les déterminants de la santé, situés pour l’essentiel hors du système de soins.
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