
Dans une arrière-cour du centre d’Odessa, la grande ville du sud de l’Ukraine, dissimulée par une large façade classique de style italien, se cache une cité d’artistes. Les murs extérieurs de petites maisons enchevêtrées sont recouverts de tableaux de toutes tailles aux couleurs vives. Le sol est jonché d’objets hétéroclites qui ne laissent qu’un chemin étroit pour progresser vers les portes des résidents. L’une d’elles, jaune, surmontée d’une bâche jaune et bleu, les couleurs de l’Ukraine, annonce l’atelier de Kyrylo Bondarenko, peintre et plasticien. Un écriteau invite à entrer sans sonner.
Au bout d’un dédale de pièces transformées en galeries d’exposition, bonnet vissé sur la tête et mains calées au fond des poches, l’artiste accueille le visiteur et montre son lieu de création, le seul chauffé de la maison. « J’ai perdu l’inspiration depuis l’invasion de 2022, raconte-t-il, j’ai fait quelques œuvres en lien avec la guerre mais les Russes m’ont volé quatre ans de ma vie. Et il a fallu mener le combat contre l’influence de la Russie dans l’art, surtout à Odessa qui s’est toujours présentée comme russophone ». Aujourd’hui, il se félicite de voir que « finalement, les Odessites commencent à parler ukrainien et se rendent compte que la culture et l’histoire sont manipulées par la Russie pour contrôler les esprits ».
Le processus de « dérussification » de l’Ukraine a débuté en 2014, après la révolution de Maïdan, mais l’agression russe de 2022 a, en effet, accéléré le processus. « Après février 2022, on a fait la chasse aux espions de Moscou qui pensaient accueillir les chars russes à bras ouverts, puis on a traqué les collaborateurs ukrainiens au cœur du pays et dans les administrations », se souvient Valentyn Nalyvaichenko, ancien diplomate et ex-chef des services de sécurité intérieure (SBU, de 2006 à 2010 puis de 2014 à 2015), devenu député. Lui-même, comme il le rappelle, avait, en 2014, renvoyé 90 % des cadres du SBU et 40 % des agents à cause de leurs liens avec la Russie.
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