
Les autorités panaméennes ont pris, lundi 23 février, le contrôle de deux ports du canal de Panama, après l’annulation en justice de la concession accordée au groupe hongkongais CK Hutchison, qui affirme étudier « tous les recours disponibles ». Cette concession avait été renouvelée pour vingt-cinq années supplémentaires en 2021.
Fin janvier, la Cour suprême du Panama avait jugé « inconstitutionnel » le contrat qui avait permis depuis 1997 à la société Panama Ports Company (PPC), filiale de CK Hutchison, de gérer deux ports situés aux deux extrémités du canal, celui de Cristobal, côté océan Atlantique, et celui de Balboa, côté Pacifique, car elle avantageait de façon « disproportionnée » le groupe hongkongais « au détriment des caisses de l’Etat » panaméen.
Le président panaméen, José Raul Mulino, a estimé lundi que « sous prétexte d’exploiter les deux ports, on a, pendant des années, mis en place un territoire autonome », dénonçant le contrat avec PPC qui « a soumis tout un pays, sans aucune transparence ». Selon la Cour des comptes panaméenne, qui a contesté la concession devant la Cour suprême, le Panama n’a pas perçu 1,2 milliard de dollars (environ un milliard d’euros) dus par CK Hutchison.
Le groupe considère « que la prise de contrôle des terminaux est illégale » et que « les mesures prises par l’Etat panaméen font également peser de graves risques sur les opérations, la santé et la sécurité des terminaux de Balboa et Cristobal », a déclaré le conglomérat hongkongais dans un communiqué lundi, il continuera d’étudier « tous les recours disponibles », y compris d’éventuelles « poursuites judiciaires contre la République du Panama et ses agents et les tiers qui ont agi de concert avec eux ».
« Eviter le chaos »
La semaine dernière, il avait demandé au gouvernement panaméen d’entamer des négociations pour continuer à exploiter ces deux terminaux et ainsi « éviter le chaos ». Mais lundi, « l’Autorité maritime du Panama a pris possession de ses ports et garantit la continuité de l’exploitation », a annoncé en conférence de presse Max Florez, le directeur des ports de l’institution. La mesure a été formalisée par un décret quelques heures après la publication de la décision de la Cour au journal officiel.
Ce « décret d’occupation » ouvre une période de transition de 18 mois durant laquelle les ports seront exploités par deux autres entreprises avant d’être attribués dans le cadre d’un nouvel appel d’offres international afin de disposer d’opérateurs de long terme, a-t-il précisé.
APM Terminals, filiale du groupe danois Maersk, opérera le port de Balboa pour un montant de 26 millions de dollars. Terminal Investment Limited (TiL), appartenant au géant de la logistique MSC, exploitera celui de Cristobal pour environ 16 millions, a annoncé le gouvernement.
La ministre du travail et du développement, Jackeline Muñoz, a assuré qu’il n’y aurait « pas de licenciements » dans les deux terminaux, où travaillent quelque 1 200 personnes. L’an dernier, 38 % des conteneurs ayant transité par le Panama sont passés par ces deux ports.
Voie stratégique
Cette reprise intervient alors que les Etats-Unis cherchent à limiter l’influence chinoise sur le canal de Panama, voie stratégique de 80 kilomètres par laquelle transite environ 5 % du commerce maritime mondial.
Washington s’est réjoui de l’annonce de la prise de contrôle par le Panama. « C’étaient des opérateurs qui ne faisaient pas du bon travail », a déclaré à la presse l’ambassadeur des Etats-Unis au Panama, Kevin Cabrera, soulignant que les Panaméens avaient droit à ce « que leur système judiciaire prenne ses propres décisions ».
La Chine a promis de « protéger les droits et intérêts légitimes de ses entreprises » et CK Hutchison, se disant victime de « graves préjudices », a annoncé qu’elle contesterait la décision panaméenne devant la Chambre de commerce internationale (CCI), dont le siège est à Paris.




















