avions de combats, navires, et système de missiles

3045


Parler et s’armer : voilà les deux jambes de la stratégie des Etats-Unis face à l’Iran. D’un côté, les négociations sur le dossier du nucléaire iranien progressent : mardi 17 février à Genève, les deux parties se sont quittées sur un « accord de principe » atteint grâce à des discussions « constructives ».

De l’autre, Donald Trump envoie aux portes de la République islamique, et à un rythme croissant, des moyens militaires, dans des proportions inédites depuis l’invasion de l’Irak en 2003, d’après plusieurs experts ; avec cette différence qu’actuellement Washington privilégie des forces aériennes et navales, et ne semble pas déployer de forces terrestres importantes, relève Seth Jones, du Centre stratégique d’études internationales interrogé par l’agence Associated Press (AP).

Les réticences des alliés de Washington à ces velléités guerrières n’y font rien : les avions de combat sont de plus en plus nombreux sur leurs sols. Le 18 février, les images satellites de Planet Labs consultées par Le Monde montrent trente de ces aéronefs sur la base de Muwaffaq Salti, en Jordanie : des Growlers, des F-15 et des F-35. Deux jours plus tard, leur nombre avait presque doublé, passant à 59 appareils, d’après des images d’Airbus en partie assemblées ci-dessous.

Les avions de combat présents sur la base américaine Muwaffaq Salti (Jordanie), le 20 février 2026.

Selon plusieurs analystes – notamment réunis dans le collectif Military Air Tracking Alliance (Mata) – et le site spécialisé Flightradar24, des dizaines d’avions militaires américains se sont dirigés vers le Moyen-Orient ces derniers jours. Si les Etats-Unis ont de longue date stationné des appareils dans la zone, Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue Défense et Sécurité internationale (DSI), souligne la particularité du déploiement actuel : « La grande différence c’est la concentration et le volume d’appareils comme les ravitailleurs en vol et les appareils de coordination. »

Lire le récit | Article réservé à nos abonnés Donald Trump entre paix de papier à Gaza et guerre possible en Iran

Dans la première catégorie, 29 avions ravitailleurs, destinés à approvisionner en carburant d’autres aéronefs en vol, étaient par exemple stationnés, le 20 février, dans les bases de Prince Sultan (Arabie saoudite) et d’Al-Udeid (Emirats arabes unis), liste l’analyste amateur @DefenceGeek sur son compte X. Le collectif Mata dont il fait partie comptait alors 108 appareils de ce type sur les bases américaines dans l’océan Indien, en Europe et au Moyen-Orient, dont 93 arrivés depuis le 14 février.

Pour ce qui est des appareils de coordination, les données de navigation aérienne consultées par Le Monde montrent qu’au moins quatre avions américains de reconnaissance E-3C Sentry (aussi appelés AWACS) se sont dirigés vers la péninsule Arabique, les 18 et 19 février. Washington dispose d’une quinzaine de ces stations radar volantes. Elles permettent de détecter missiles, drones et aéronefs à plus de 400 kilomètres à la ronde, mais aussi de coordonner des opérations impliquant de nombreux avions – « par exemple en dirigeant des chasseurs vers d’éventuels chasseurs ennemis », illustre Joseph Henrotin.

Accumulation d’aéronefs

Trois de ces appareils ont été repérés par plusieurs analystes relayant des images satellites de la base de Prince Sultan, prises le 19 février par le chinois MizarVision. Leur nombre semble monter à quatre sur des images du 20 février de l’américain Planet Labs, a constaté Le Monde (ils sont encadrés rouge dans la photo ci-dessous). Sur le temps long, l’accumulation d’aéronefs sur cette base située au sud de Riyad est manifeste, quand on compare des clichés satellitaires récents avec ceux pris au début de l’année.

Le Monde a par ailleurs constaté que des dizaines d’avions de transport militaire lourds, comme des C-17, effectuent depuis plusieurs jours des allers-retours réguliers entre la péninsule Arabique et les bases américaines situées en Europe, notamment celles de Ramstein en Allemagne et de Lakenheath au Royaume-Uni.

D’autres aéronefs, matériels et soldats arrivent par la mer. Une partie est emmenée par le plus grand porte-avions du monde, le USS Gerald-R.-Ford, précédemment déployé dans les Caraïbes lors de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores. Selon AP, le bâtiment est accompagné de trois destroyers embarquant quelque 5 000 soldats. Le USS Gerald-R.-Ford a été photographié en train d’emprunter le détroit de Gibraltar, le 20 février, pour entrer en Méditerranée. On distingue de très nombreux avions sur son pont.

Le porte avion « USS Gerald-Ford », dans le détroit de Gibraltar, le 20 février 2026.

Un autre porte-avions américain, l’USS Abraham Lincoln, est quant à lui arrivé dans la région depuis l’Est à la fin du mois de janvier. Il est accompagné de trois destroyers de classe Arleigh-Burke – soit 5 700 marins, estime AP. Ils naviguaient au large d’Oman le 15 février, comme le montre l’image satellite ci-dessous. Et au début du mois, « un avion de combat F-35C du [porte-avions] Abraham-Lincoln a abattu, en état de légitime défense et pour protéger le porte-avions et le personnel à bord, [un] drone iranien », a expliqué dans un communiqué le porte-parole du commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

À gauche, le porte-avion « USS Lincoln » en mer d’Oman, le 15 février 2026. « Le Monde » a pu confirmer la présence de deux navires à la forme et à la taille similaires à des destroyers de classe Arleigh-Burke sur la même image satellite.

Selon le New York Times, de nombreux autres navires – destroyers et frégates – sont positionnés en Méditerranée orientale, en mer Rouge, dans les golfes arabo-persiques et d’Oman. Ces bâtiments embarquent « des missiles de croisière » mais aussi des « missiles anti-aériens et antibalistiques qui auront pour fonction d’intercepter une éventuelle riposte iranienne », relève Joseph Henrotin.

Dans une lettre au secrétaire général des Nations Unies, Antonio Gutteres, l’Iran s’est alarmé d’un « renforcement militaire » américain et a dénoncé l’attitude va-t-en guerre des Etats-Unis, avançant que la République islamique était prête à frapper « toutes leurs bases dans la région » en cas d’attaque. Une éventualité à laquelle semble se préparer Washington. D’après une analyse du média australien ABC des images ci-dessous, de la base d’Al-Udeid, de nombreux systèmes de missiles Patriot ont été déployés entre la mi-janvier et le début du mois de février.

Jeudi, Donald Trump déclarait se ​donner « dix » à « quinze ‌jours » pour trouver un terrain d’entente avec l’Iran sur le dossier du nucléaire, tout en menaçant de recourir à la force. Il a réitéré, vendredi, affirmant « envisager » la possibilité de frapper le pays.



Source link