
Ce 10 février, alors que les sirènes annoncent des frappes russes sur Odessa, le personnel du principal dépôt ferroviaire de cette région du sud de l’Ukraine descend calmement dans l’un des abris souterrains fortifiés à proximité. Hormis les installations énergétiques, ce vaste site est devenu une cible prioritaire des missiles et des drones de Moscou.
Dans le bunker aménagé se mêlent des mécaniciens, des employées de la blanchisserie, entre les mains desquelles passent les draps utilisés dans les trains de nuit, et des cadres de l’entreprise, dont le directeur du dépôt, Leonid Loboïko. « Depuis l’automne 2025, chaque nuit, ici, est un cauchemar, dit-il. Les Russes visent nos ateliers de réparation, nos trains, les voies ferrées et nos installations électriques. S’ils arrivent à bloquer le trafic, l’Ukraine ressemblera à un grand cimetière. »
Aucune panique pour autant dans l’abri, qui accueille aussi des habitants du quartier. Les voix sont couvertes par celle du chef du dépôt, un homme de 75 ans qui en fait dix de moins, au regard franc et rieur, dirigeant 1 300 personnes. « En janvier, l’administration militaire de la ville nous a demandé de nous coordonner avec les services de police pour augmenter notre niveau de sécurité, confie-t-il. J’ai aussi mis en place de nouvelles procédures internes, en matière de travail et de discipline, pour diminuer les risques. Nous sommes devenus une ligne de front, et je me sens parfois comme un général ferroviaire. »
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