Refuser la violence politique

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La mort de Quentin Deranque, samedi 14 février, à Lyon, deux jours après qu’il a été frappé lors d’affrontements entre « deux groupes antagonistes », selon l’expression du ministre de l’intérieur, jette une lumière crue sur le climat politique de notre pays. Personne en France ne devrait être inquiété, a fortiori perdre la vie, pour ses opinions. Le simple fait qu’il soit nécessaire de rappeler ce fondement d’une société démocratique et de la paix civile est alarmant.

Militant d’extrême droite, l’étudiant de 23 ans a été jeté au sol et frappé par « au moins six individus » masqués et encagoulés, jeudi, en marge d’une conférence de l’eurodéputée Rima Hassan (La France insoumise, LFI) à Lyon, a indiqué, lundi, le procureur de la République. Ni le résultat de l’autopsie pratiquée lundi, qui fait état de « lésions à la tête », « au-delà de toute ressource thérapeutique et mortelles à brève échéance », ni les chefs d’« homicide volontaire » et de « violences aggravées par trois circonstances : réunion, masqué et port d’armes », sur lesquels l’enquête a été ouverte, ne laissent de doute. Quentin Deranque a été battu à mort.

Celui ou ceux qui l’ont tué n’ont pas seulement commis un meurtre, ils ont, en recourant aux méthodes des fascistes qu’ils prétendent combattre, sali les combats progressistes et humanistes, et offert un martyr à leurs adversaires. Leur geste scandaleux, commis au nom d’idéaux de gauche, ne doit pas faire oublier que l’extrême droite compte des partisans ouverts de la violence, sa marque de fabrique, et des ennemis acharnés de la démocratie et de la République. L’identification des auteurs par les enquêteurs et leur incrimination par la justice devraient permettre d’éclaircir leurs liens éventuels avec des groupes politiques. Le gouvernement désigne l’« ultragauche » et en particulier le groupuscule la Jeune Garde, créé à Lyon en 2018 et proche de LFI.

Impasses mortifères

Ces événements semblent indissociables de l’agglomération lyonnaise où, depuis une quinzaine d’années, les exactions de groupuscules d’extrême droite ont suscité la mobilisation de militants d’extrême gauche. La montée des affrontements, notamment dans le Vieux Lyon, a été favorisée par le long refus de l’ancien maire, Gérard Collomb, d’affronter les activistes d’extrême droite. La présence persistante de hooligans identitaires ou néofascistes dans le sillage de l’Olympique lyonnais, dont l’ancien président, Jean-Michel Aulas, est aujourd’hui candidat d’opposition à la mairie de Lyon, a aussi participé à cette montée des violences. Plus largement, la politique de « dédiabolisation » entreprise par Marine Le Pen a eu pour effet mécanique de repousser certains des éléments les plus radicaux du Rassemblement national vers des groupuscules ; ce qui a renforcé ces derniers et provoqué la mobilisation en retour des antifas.

Hommage rendu à Quentin Deranque par les Bad Gones, groupe de supporters de l’Olympique lyonnais, lors du match contre l’OGC Nice, à Decines-Charpieu (Rhône), le 15 février 2026.

A un mois des élections municipales, à quatorze mois d’un scrutin présidentiel sur lequel plane la menace d’un succès de l’extrême droite, alors que l’exécutif est paralysé par la perte de sa majorité et que le Parlement offre trop souvent un spectacle de désordre, le drame de Lyon assombrit un peu plus le paysage politique et renforce la nécessité d’un sursaut démocratique. La rhétorique du « eux ou nous », la stratégie du chaos, encouragée par la brutalité des réseaux sociaux et l’immédiateté de l’information auprès d’une opinion publique émiettée, sont des impasses mortifères. Recourir à la violence, c’est faire le jeu de ceux qui veulent abattre la démocratie, un idéal précisément conçu pour sortir les sociétés de la violence.

Le Monde



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