« Le Monde » se met au FALC, une méthode de transcription « facile à lire et à comprendre »

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Le texte ci-dessus est un extrait du premier article en FALC, ou « facile à lire et à comprendre », publié en 2023 sur le site Internet du Monde. Mais ce ne sera pas le dernier, puisque Le Monde lance, mercredi 11 février, date anniversaire de la loi sur le handicap de 2005, une nouvelle rubrique, intitulée « Le Monde en facile à lire et à comprendre », en partenariat avec la plateforme spécialisée Cortex Média. Cette méthode de transcription, où le fond et la forme sont clarifiés, rend l’écrit accessible aux personnes en situation de handicap ou ayant des difficultés de compréhension.

Une dizaine d’articles sont déjà disponibles, en accès libre et gratuit sur notre site. Ils reprennent des reportages ou enquêtes déjà publiés par nos journalistes, sur des thèmes aussi variés que l’insertion professionnelle, la vie intime, le deuil ou les cantines bio. L’objectif est de proposer une cinquantaine d’articles chaque année, pour répondre à des enjeux d’inclusion, d’accès à l’information et de citoyenneté, et s’ouvrir à de nouveaux lecteurs.

La méthode FALC, qui existe depuis une quinzaine d’années, reste encore peu connue du grand public. Historiquement, l’idée de produire un langage clair et accessible aux personnes en situation de handicap mental est apparue dans les années 1970 aux Etats-Unis, pour rendre compréhensibles les réglementations gouvernementales.

Sur le plan européen, en 1988, la Ligue internationale des associations pour les personnes handicapées mentales (devenue ensuite Inclusive Europe) a formulé des directives pour simplifier le langage écrit. En 2009, un projet mené par huit pays a formalisé des règles de création de « textes en facile à lire et à comprendre » et créé un logo spécifique.

Contraintes formelles

En France, le FALC est porté par l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei), un réseau national de plus de 330 structures, qui gère des institutions et des services, ainsi que des établissements et services d’aide par le travail (ESAT), et par l’association Nous aussi, « autoreprésentante », car composée uniquement de personnes elles-mêmes en situation de handicap mental.

L’implication des publics directement concernés dans le processus de transcription ou de relecture est la première règle. « Sans cette participation, on ne parle pas de FALC, mais de français simplifié », précise Gérard Rey, vice-président de l’Unapei.

Les textes en FALC se repèrent d’abord par des contraintes formelles : des caractères en police dite « sans sérif » ou sans empâtements, comme l’Arial ou le Calibri, et de grande taille (14 au minimum), une mise en page sobre, aérée et illustrée de photos, dessins ou pictogrammes. Mais c’est surtout l’expression qui est retravaillée : idéalement, chaque phrase doit tenir sur une ligne et exprimer une seule idée, avec des mots simples sans double sens, métaphore ou sous-entendu. Par exemple, cet article peut être lu en version FALC ici.

« Le plus difficile est d’éviter les phrases complexes, les subordonnées, les phrases interro-négatives ou les synonymes, c’est parfois le contraire de ce qu’on apprend pour faire un texte littéraire, explique M. Rey. Mais on ne s’adresse pas à des enfants. On simplifie la forme, pas le message. On ne s’interdit pas d’utiliser des mots complexes, comme urbanisme ou état civil pour parler d’une mairie, mais on les explique. »

Tenter de conserver le style

Les articles que Le Monde choisit de transcrire en FALC sont sélectionnés conjointement par la rédaction et par Cortex Média, une plateforme de vidéos et de podcasts accessibles à tous les types de handicap. Les textes sont envoyés à l’ESAT Osea, près de Périgueux, l’une des 36 structures de l’Unapei, qui dispose d’un atelier consacré au FALC. Virginie Estève, éducatrice spécialisée et animatrice de cet atelier, les transmet ensuite aux six travailleurs en situation de handicap qu’elle encadre. « Ils vont lire chaque article, l’analyser, en faire une synthèse pour garder les idées essentielles et retirer les phrases annexes, élaguer toutes les fioritures intellectuelles. »

Parfois, il faut modifier la structure du texte. Et tenter de conserver le style, surtout lorsqu’il s’agit de textes littéraires. Car Osea a aussi créé, en 2019, la première maison d’édition en FALC, Oser lire, qui transcrit des récits comme Le Petit Prince, d’Antoine de Saint-Exupéry, L’Appel de la forêt, de Jack London, ou l’Odyssée, d’Homère. « L’idée est de faire découvrir des livres hyperconnus à des gens qui n’y avaient pas accès, explique Mme Estève. Quand une personne en situation de handicap me dit qu’elle a réussi à lire un livre en entier, quelle victoire ! »

Les articles de presse, la littérature ou les scripts restent toutefois une production marginale pour les transcripteurs en FALC. L’essentiel des demandes émane d’acteurs publics ou d’associations, pour des guides officiels, des rapports, des magazines communaux ou régionaux, afin de se conformer aux obligations d’accessibilité des services publics, imposées par l’article 47 de la loi de 2005. « Il faut que ce soit véritablement utile : si c’est un document technique qui reste caché au fin fond d’un site Internet, qui va le lire ? », note toutefois Virginie Estève.

Le FALC est utilisé pour informer les personnes en situation de handicap sur leurs droits ou diffuser des messages de prévention. Ainsi, durant la période du Covid-19, des posters réalisés par l’association Coactis Santé ont eu un grand succès : ils détaillaient les gestes barrières ou le lavage des mains, avec des illustrations claires et des phrases simples.

Marge de progression

Depuis, l’association a publié, sur la plateforme Santé BD, une centaine de fiches illustrées en FALC, disponibles gratuitement, sur des thématiques de santé, comme le déroulé d’une prise de sang, la ménopause, le cancer ou les maltraitances. Elle ne s’interdit aucun sujet, même les plus complexes comme la fin de vie, en veillant toujours à l’accessibilité du message.

Concernant la vie citoyenne, le code électoral ne cite pas expressément le FALC, mais stipule que les candidats doivent publier une version de leur propagande électorale « dans un langage à destination des personnes en situation de handicap ou ayant des difficultés de compréhension », qui « privilégie l’usage de mots courants et l’emploi de phrases courtes associant des pictogrammes au texte ». Toutefois, cette obligation ne s’applique qu’aux élections présidentielle, législatives ou régionales, précise le ministère de l’intérieur – elle est seulement encouragée pour les municipales, en mars.

Si l’objectif est de rendre accessibles l’information et la culture, le FALC a une grande marge de progression. « On considère qu’entre 1 % et 2 % de la population française est concernée par un handicap intellectuel, mais il y a un certain nombre de personnes qui ont perdu l’usage de la lecture ou qui ne maîtrisent pas parfaitement le français : elles bénéficient du FALC, même si elles ne sont pas dans le cœur de cible », estime Gérard Rey. Selon une étude publiée en octobre 2025, près de 10 % des 18-64 ans éprouvent des difficultés à maîtriser le langage écrit.

Le Monde



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