
Voilà un album qui permet une vision d’ensemble de tous les timbres parus en France en 2025, et qui séduira les collectionneurs avertis comme les néophytes.
Les timbres parus en 2025 – qui relèvent du « programme philatélique officiel », donc hors timbres NFT, par exemple – présentés dans Le Livre des timbres (Editions de La Martinière, 2025) sont classés en quatre chapitres : « Arts », « Société », « Histoire » et « Patrimoine ».
L’ingénieur en sciences sociales Michel Coste explique, dans le Guide de lecture du panorama des timbres-poste de France 1849-2001 (avec Alain Chatriot, La Poste, 2002), que « les timbres sont traditionnellement des images de fierté nationale, c’est-à-dire des images de propagande à l’avantage du pays (…). Ce matériau peut constituer, s’il est bien traité, un excellent révélateur des traits identitaires et culturels ; sachant que partout, ces images médiatiques ont fait œuvre de mémoire collective, à cause de leur diffusion par millions, sinon par milliards ». Illustration avec ce Livre des timbres !
Chaque émission bénéficie d’une fiche encyclopédique de deux pages, avec quelques exceptions, le timbre de la série artistique signé Jérôme Mesnager, le feuillet de douze timbres consacrés aux « Figures de la Résistance », les blocs « Les félins », « Millénaire de Caen », « Victoire du 8 mai 1945 », « Vilnius » ou « 50 ans de Radio France » bénéficiant de quatre pages.
En outre sont fournies les informations techniques concernant les timbres et leurs oblitérations illustrées « premier jour » : nom des créateurs, procédé d’impression, date d’émission. Il ne manque que le tirage.
Les « Arts » réunissent ainsi, entre autres, Juliette Gréco (1927-2020), Jean d’Ormesson (1925-2017), Maurice Ravel (1875-1937), Pierre Dac (1893-1975), la grande dame du design Andrée Putman (1925-2013), Michel Piccoli (1925-2020), ou l’horlogerie (série « Métiers d’art »).
On retrouve ensuite, au fil des chapitres, quelques temps forts bien documentés :
– Nouvel An lunaire : année du serpent ; le personnage de BD Michel Vaillant, de Jean Graton (1923-2021) ; Emmanuel Mounier (1905-1950), fondateur de la revue Esprit ; les macarons de Pierre Hermé (« Société »), etc.
– L’astronome Camille Flammarion (1842-1925) ; Pasquale Paoli (1725-1807) ; le naturaliste Bernard Germain de Lacépède (1756-1825) ; le centenaire de la première liaison aéropostale Casablanca-Dakar, en 1925 ; l’avocate et défenseuse de la cause des femmes Gisèle Halimi (1927-2020) (« Histoire ») – une sous-partie étant consacrée à la seconde guerre mondiale.
A noter que le timbre de poste aérienne sur la première liaison aéropostale Casablanca-Dakar, en 1925, enrichit une thématique qui compte déjà trois timbres commémorant, à des dates différentes, des « premières liaisons postales aériennes », mais en France métropolitaine. La première, menée à titre expérimental, eut lieu le 31 juillet 1912 entre Nancy et Lunéville. Elle est rappelée par un timbre émis en 1992 pour son quatre-vingtième anniversaire. La deuxième se déroula le 15 octobre 1913 entre Villacoublay et Pauillac (Gironde) où le courrier est transbordé à bord du paquebot Pérou à destination des Antilles et de Panama (timbre de 1978). La troisième, enfin, emprunta l’itinéraire Paris (Le Bourget) – Le Mans – Saint-Nazaire le 17 août 1918. Elle transporta le courrier de Paris à la base aérienne américaine de Saint-Nazaire (timbre émis en 1968).
« Les hauts faits historiques »
– Le marais poitevin ; cathédrale Notre-Dame de Sées (Orne) ; Mulhouse, dont la première mention de son existence date de 803, mais dont les premières murailles datent de près de 800 ans ; cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, dont le début de la construction remonte à 1225 ; Collioure, célébrée par des peintres comme Matisse, Derain (à l’origine du fauvisme) ; le piton de la Fournaise, à La Réunion, qui est entré en éruption le dimanche 18 janvier (« Patrimoine »).
Les sept émissions qui alimentent la thématique de la guerre de 1939-1945 – victoire ; Libération des camps ; Eric Schwab (1910-1977), photographe français de l’AFP qui fut l’un des premiers à prendre des clichés des camps ; nécropole nationale de Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente), où sont inhumés plus de deux mille soldats et résistants ; Winston Churchill (1874-1965) et les « Figures de la Résistance » – confirment l’analyse de Michel Coste qui constate que dans les thèmes de la production philatélique hexagonale, « venu en premier et s’inscrivant le mieux dans l’héritage de la médaille, c’est le thème de la défense nationale : commémorer les campagnes, les hauts faits historiques, les victoires… ».
Et d’ajouter : « L’éloquence des timbres est particulièrement brillante et sûre dans les périodes de reprise du sentiment national : au lendemain des deux grandes guerres. D’où les affinités entre le timbre et l’armée (…), son culte du sentiment patriotique. » Avant d’asséner un jugement, sous forme interrogative tout de même : « Sans doute est-ce une des raisons de la désaffection que connaît le timbre depuis une génération : l’affaiblissement du sens de la patrie. »
Pour sa part, l’historien Didier Rey, dans Le Timbre-poste, une mémoire de l’histoire européenne. 1840-2020 (Presses universitaires de Rennes, 2025), dans un chapitre consacré au « timbre et la nation, mutations à la fin du XXe siècle », explique que les administrations postales, tirant les leçons du recul des ventes de timbres, « insistent sur le fait de devoir rajeunir la population des collectionneurs et attirer les médias ». D’où l’émission de timbres « dédiés aux heureux événements de la vie (naissance, mariage, anniversaire, etc.), aux fêtes de tous styles, y compris étrangères (…). Pour ne rien dire des héros de bande dessinée avec Astérix, Tintin, Boule et Bill ».
Une analyse qui trouve un écho, en 2025, avec les timbres sur l’année du serpent ou sur l’univers manga de One Piece.
Didier Rey explique en outre que « le timbre construit aussi une galerie de portraits et de hauts faits d’armes dont la mémoire entre en résonance avec celle construite par l’école », un constat que confirment les productions philatéliques, au-delà d’un souci commercial de plus en plus prégnant… « A compter de la dernière décennie du XXe siècle, face aux profondes mutations politiques, économiques et technologiques qui affectent le monde des communications, le timbre perd presque sa raison d’être première, son utilité postale devenant dérisoire. Lui qui fut le symbole de la modernité devient presque celui d’un passé archaïque (…). »
Mais « le timbre continue de bénéficier malgré tout d’une certaine aura à tel point que, en France, chaque année, ce sont plus de 1 200 demandes de timbres-poste qui sont formulées par des parlementaires, des élus locaux, (…) voire de simples particuliers » pour quelques dizaines qui aboutissent.
Le Livre des timbres permet de mettre en valeur quelques réussites graphiques et de se constituer un « musée idéal » à bon compte, avec Des Glaneuses, de François Millet (1814-1875) ; Les Sabines, de Jacques-Louis David (1748-1825), tableau dont le personnage central inspira le graveur Pierre Gandon (1899-1990) pour son timbre d’usage courant, en service de 1977 à 1982 ; un « homme blanc », de Jérôme Mesnager, ou un portrait de Pasquale Paoli, gravé en taille-douce par Pierre Bara, d’après une huile sur toile de Sir Thomas Lawrence (1769-1830).
Certaines commémorations philatéliques renvoient à des événements qui avaient été traités en leur temps. Ainsi en est-il du timbre sur les « Cent ans d’Arts déco », qui renvoie à l’Exposition internationale des Arts décoratifs, organisée en 1925 à Paris, célébrée à l’époque par une série de plusieurs valeurs imprimées en typographie (les timbres étant légendés « Exposition internationale des Arts décoratifs modernes » ou « Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes »).
L’exposition fut inaugurée par le président Gaston Doumergue (1863-1937), auquel La Poste consacra un timbre en 2013, et marquée par les créations de Robert Mallet-Stevens (1886-1945), Le Corbusier (1887-1965), timbrés en 1987, ou Auguste Perret (1874-1954), dont des réalisations architecturales furent illustrées sur quelques timbres.
Au rang des déceptions (certes, des goûts et des couleurs), on notera les portraits de Michel Piccoli, Jean d’Ormesson (1925-2017), Lacépède, Lucie Randoin (1885-1960), physiologiste de la nutrition et deuxième femme à entrer à l’Académie de médecine en 1946, du mathématicien médaille Fields 1966 Alexandre Grothendieck (1928-2014), ou le timbre sur les conciliateurs de justice.
Le bloc-feuillet sur les félins (lynx, guépard, tigre, panthère noire) et le timbre sur l’acacia faux-gommier (Vachellia tortilis) ne manqueront pas d’intriguer…
Plus de 1,3 milliard de timbres
Ce Livre illustre la maîtrise technologique de l’Imprimerie des timbres-poste de Boulazac (Dordogne) – qui imprime tous les ans plus de 1,3 milliard de timbres, dont près de 200 millions de timbres pour de nombreuses postes du monde entier (Japon, Luxembourg, Maroc, Monaco, etc.) –, que traduit le premier timbre « parlant » au monde sur Winston Churchill (dessiné et gravé par Sophie Beaujard), doté d’une intelligence artificielle conversationnelle, qui permet de poser des questions sur l’homme d’Etat britannique (et d’obtenir des réponses) via un QR code.
Autre exemple avec le timbre émis à l’occasion du centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, en 1925 à Paris, par Lisa Derocle Ho-Léong, qui bénéficie d’une encre argent sur le vase et les dates, et d’un embossage sur le titre du timbre.
Une encre de haute sécurité à fluorescence blanche est appliquée sur le timbre de la première liaison aéropostale Casablanca-Dakar (1925), difficilement reproductible, visible uniquement sous lumière UV. Une mesure de sécurité justifiée par la valeur du timbre, à 10,80 euros, et par un précédent récent de fabrication d’un faux timbre de poste aérienne, le Dewoitine D1, paru en 2022.
Un timbre d’une valeur de 11,65 euros à paraître le 23 mars, à l’effigie de l’aviatrice Elisabeth Boselli (1914-2005), « première femme pilote de chasse », bénéficiera de cette technologie, l’encre fluorescente révélant cette fois une rose des vents.
Une dorure à chaud rouge est apposée sur le soleil rouge et un vernis sur les rubans des timbres et des contours de la feuille du timbre dessiné par Yukiko Noritake sur le pavillon de France à l’Exposition universelle d’Osaka (Japon).
Enfin, un parfum de croissant (certes volatile) s’échappe du timbre sur le croissant au beurre, créé par Frédérique Vernillet.
« Le Livre des timbres. France 2025 », Editions de La Martinière, 2025, 154 pages, sous emboîtage cartonné. Prix de vente : 170 euros (60 timbres et blocs inclus, pour un total de 160,48 euros de valeurs faciales) ; 100 euros (sans les blocs, mais avec 49 timbres, pour un total de 94,38 euros de valeurs faciales) et 25 euros (pour la version sans timbres). Des pochettes transparentes collées au fil des pages permettent de placer les timbres. A noter que sont encore disponibles les millésimes 2024, 2023, 2022 et 2021 de cet ouvrage. En vente sur le site de la boutique philatélique de La Poste.
Un timbre-poste « intelligent » à l’effigie de Churchill
La Poste mettra en vente générale, le lundi 20 octobre, un timbre à 2,10 euros (tarif de la lettre internationale) à l’effigie de Winston Churchill (1874-1965), pour le 60e anniversaire de sa disparition. Dessiné et gravé par Sophie Beaujard, il est imprimé en taille-douce, disponible à l’unité, issu de feuilles de 9 exemplaires, et dans un feuillet souvenir (vendu 5 euros), tirés respectivement à 448 200 et 20 000 exemplaires. Vente générale le 20 octobre.
A noter que ce timbre, doté d’un QR code, est le premier timbre « parlant » au monde, doté d’une intelligence artificielle, conçu par Philaposte et Ask Mona. Le QR Code une fois flashé avec son téléphone, donne accès à une intelligence artificielle avec laquelle il est possible de converser pour en savoir plus sur la vie de Winston Churchill. L’utilisateur peut poser des questions et obtenir des réponses précises issues exclusivement des données biographiques validées par la section française de l’International Churchill Society (ICS).
« Le lancement d’un timbre à l’effigie de Winston Churchill par La Poste française est une très belle idée. La Poste rend ainsi hommage à mon arrière-grand-père, qui a toujours été passionné par la France, le pays où il s’est le plus souvent rendu durant sa vie », signale dans le communiqué de presse de La Poste Randolph Churchill, président de l’ICS et arrière-petit-fils de celui qui fut député à 25 ans en 1900, ministre à 31 ans, deux fois premier ministre, prix Nobel de littérature en 1953, et dont la carrière politique dura près de 60 ans.
Le timbre et le souvenir philatélique seront vendus en avant-première, les vendredi 17 et samedi 18 octobre à Paris, de 10 heures à 19 heures, au Carré d’Encre, 13 bis, rue des Mathurins (XIe arrondissement).



















