Ali Khamenei, le Guide suprême iranien, menace d’une « guerre régionale » en cas d’attaque américaine

4158


Le guide suprême iranien, qualifiant les récentes manifestations de « coup d’Etat », a mis en garde dimanche 1er février contre une « guerre régionale » face aux menaces d’intervention militaire brandies par Washington depuis la répression du mouvement de contestation.

« Les Américains doivent savoir que s’ils déclenchent une guerre, cette fois-ci ce sera une guerre régionale », a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei, s’exprimant pour la première fois depuis la mi-janvier. Les Etats-Unis avaient bombardé l’Iran lors d’une guerre de 12 jours en juin déclenchée par Israël.

Et depuis la vague de manifestations, qui a fait des milliers de morts, Donald Trump fait planer la menace d’une nouvelle attaque contre la République islamique même si ces dernières heures, les deux ennemis ont semblé privilégier la voie diplomatique.

La pression vient aussi de l’Union européenne qui a inscrit sur la liste des « organisations terroristes » les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique accusée d’avoir orchestré la répression du mouvement de protestation.

L’Iran déclare « terroristes » les armées européennes

En représailles, le Parlement iranien a déclaré dimanche comme « groupes terroristes » les armées européennes, « conformément à l’article 7 de la loi ». Selon des images retransmises par la télévision d’Etat, le président de l’assemblée, Mohammad Bagher Ghalibaf était vêtu comme les députés d’un uniforme des gardiens, en signe de solidarité et de défiance. « Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! », « Honte à l’Europe », ont scandé les élus dans l’hémicycle, le jour du 47e anniversaire du retour d’exil en Iran de l’imam Khomeyni, père fondateur de la République islamique.

Les pasdarans (« gardiens » en persan), créés en 1979 par le guide suprême peu après la Révolution islamique, sont considérés comme l’armée idéologique du pouvoir. Extrêmement organisée, cette force contrôle des pans entiers de l’économie iranienne.

Les conséquences immédiates de cette annonce, qui apparaît surtout symbolique, n’étaient pas claires dans l’immédiat. Cette loi avait été adoptée en 2019 en réaction à des mesures de Washington.

Ces déclarations interviennent après la décision de l’Union européenne (UE) de désigner comme « organisation terroriste » les gardiens de la révolution, accusés d’avoir orchestré la répression du récent mouvement de contestation. En prenant cette décision jeudi, l’Union européenne s’aligne sur la position des Etats-Unis, du Canada et de l’Australie, qui l’avaient déjà classée comme organisation terroriste respectivement en 2019, 2024 et 2025.

Alors que les Etats-Unis ont déployé dans le Golfe une dizaine de navires, dont le porte-avions Abraham Lincoln, l’Iran doit commencer dimanche un exercice naval dans le détroit d’Ormuz, point de transit-clé pour les approvisionnements énergétiques mondiaux, que Téhéran a menacé de bloquer en cas d’attaque américaine.

Mais le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré samedi soir qu’une guerre n’était dans l’intérêt ni de l’Iran ni des Etats-Unis, disant vouloir privilégier la diplomatie. Et un autre haut responsable a fait état de « progrès » en vue de « négociations » avec Washington.

Donald Trump a, lui, affirmé que l’Iran conversait avec les Etats-Unis, sans toutefois donner de précisions. L’Iran « nous parle, et nous verrons bien si nous pouvons faire quelque chose », a déclaré le président américain à la chaîne Fox News. La République islamique est soupçonnée par les Occidentaux de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’elle dément.

Tractations diplomatiques

Parallèlement, les pays de la région mènent des tractations diplomatiques pour « ramener autour de la table » des négociations les Etats-Unis et l’Iran, selon le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, qui s’est entretenu samedi avec son homologue iranien.

Le premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, s’est pour sa part rendu à Téhéran. A l’occasion d’une rencontre avec Ali Larijani, secrétaire de la plus haute instance de sécurité en Iran, le dirigeant qatari a « réaffirmé le soutien de son pays aux efforts visant à réduire les tensions et à trouver des solutions pacifiques assurant la sécurité et la stabilité de la région », selon un communiqué de son ministère des affaires étrangères.

Sorti affaibli de la guerre de juin 2025, le pouvoir iranien a étouffé les récentes manifestations, déclenchées au départ contre le coût de la vie, mais qui se sont transformées en défi au pouvoir. Plus de 6 700 personnes, dont 137 enfants, ont été tuées en Iran, d’après un bilan actualisé de l’ONG Human Rights Activists News Agency, dont le siège est aux Etats-Unis et qui enquête sur plus de 17 000 morts potentielles supplémentaires.

Les autorités iraniennes reconnaissent que des milliers de personnes ont été tuées lors des manifestations, mais affirment que la grande majorité était des membres des forces de sécurité ou des passants tués par des « émeutiers ». Les protestataires « ont attaqué la police, des bâtiments gouvernementaux, des casernes des Gardiens de la Révolution, des banques, des mosquées et ont brûlé le Coran (…) c’était un véritable coup d’Etat », a déclaré dimanche Ali Khamenei, cité par l’agence Tasnim, et assurant que cette tentative avait « échoué ».

Le Monde avec AFP



Source link