Capgemini met en vente sa filiale travaillant pour la police de l’immigration américaine, l’ICE

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Le logo Capgemini est visible dans les bureaux de l’entreprise à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, en France, le 9 février 2024.

Le géant français de l’informatique Capgemini a décidé de vendre sa filiale travaillant pour la police américaine de l’immigration, l’ICE, après le tumulte provoqué par la révélation d’un contrat fournissant un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères. « Capgemini va mettre en vente sa filiale Capgemini Government Solutions », a annoncé le groupe, dimanche 1er février, dans un communiqué.

« Le processus de cession de cette entité, qui représente 0,4 % du chiffre d’affaires estimé du groupe en 2025 (moins de 2 % de son chiffre d’affaires aux Etats-Unis), sera initié immédiatement », a ajouté l’entreprise.

Selon des informations de l’association L’Observatoire des multinationales publiées la semaine dernière et développées par France 2, Capgemini a notamment fourni à l’ICE un outil d’identification et de localisation de personnes étrangères, alors que cette police fédérale est mobilisée par le président américain Donald Trump dans une vaste campagne anti-immigration.

Conseil d’administration extraordinaire

Un conseil d’administration extraordinaire de Capgemini avait été convoqué ce week-end. Dans un message interne envoyé aux salariés, le groupe avait précisé que le contrat litigieux, attribué en décembre, « faisait l’objet d’un recours ».

Dimanche, Capgemini a déclaré avoir « estimé que les contraintes légales habituelles imposées aux Etats-Unis pour contracter avec des entités fédérales menant des activités classifiées ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié sur certains aspects des opérations de cette filiale, afin d’assurer un alignement avec les objectifs du groupe ».

Le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, s’était exprimé le 25 janvier dans un message publié sur LinkedIn. Il expliquait avoir découvert « par des sources publiques » l’existence de ce contrat conclu par une filiale du groupe spécialisée depuis quinze ans dans les services au gouvernement fédéral américain. Selon le dirigeant, cette filiale, soumise à la législation américaine, « prend les décisions de manière autonome, dispose de réseaux étanches, et (…) le groupe Capgemini est dans l’impossibilité d’accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés ».

D’après des documents publics de l’administration américaine, le contrat passé le 18 décembre porte sur un montant de 4,8 millions de dollars, et, en fonction des résultats atteints par l’entreprise, pouvait grimper jusqu’à 365 millions de dollars.

Critiques politiques et syndicales

L’Observatoire des multinationales a, en outre, révélé samedi que cette filiale Capgemini Government Solutions fournissait déjà des services d’identification et de localisation de personnes étrangères (« skip tracing ») à l’ICE depuis la signature d’un avenant à un contrat le 9 octobre 2025. Le montant de cette prestation s’élève à 7 millions de dollars, selon les données qui figurent sur le site du gouvernement américain consacré aux contrats (Sam.gov), consultées par l’AFP.

Depuis plusieurs jours en France, des responsables syndicaux et politiques avaient interpellé le groupe sur sa responsabilité. « La moindre des choses, je pense, de la part d’une entreprise française (…), c’est d’être transparente sur les contrats qu’elle a avec ICE, mais peut-être aussi qu’elle les questionne », avait réaffirmé jeudi le ministre de l’économie Roland Lescure, lors de ses voeux à la presse.

A gauche, plusieurs personnalités avaient également vilipendé ce lien avec l’ICE. Sophie Binet, secrétaire générale du syndicat CGT, avait appelé Capgemini à « cesser immédiatement » sa collaboration avec cette police de l’immigration. Frédéric Boloré, délégué syndical central CFDT du groupe, avait déclaré à l’Agence France-Presse n’avoir « jamais connu une situation de crise comme celle d’aujourd’hui », en 32 ans de maison. « C’est un choc énorme pour les salariés », avait-il souligné.

Coté au CAC 40, l’indice vedette de la Bourse de Paris, Capgemini est présent dans une cinquantaine de pays dans le monde.

La police fédérale américaine de l’immigration (ICE), déployée par Donald Trump dans l’ensemble du pays, dispose de moyens financiers colossaux et dépense des dizaines de millions de dollars pour l’achat d’armes, munitions, gilets pare-balles et technologies de surveillance. L’émotion née de la mort de deux manifestants américains abattus par des agents fédéraux en janvier ne retombe pas aux Etats-Unis, où la ville de Minneapolis, dans le Midwest, est devenue l’épicentre de la contestation.

Le Monde avec AFP



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