
En une phrase – « Vous êtes maintenant sous la protection des Nations unies » – prononcée en 1993 dans Srebrenica assiégée, le général français Philippe Morillon avait incarné les ambiguïtés d’une époque où l’Organisation des Nations unies (ONU) était missionnée pour tenter de régler les problèmes du monde. Commandant des casques bleus de la Force de protection des Nations unies (Forpronu) en Bosnie-Herzégovine en 1992-1993, il est entré dans l’histoire comme un « général Courage » pour certains, comme un « Don Quichotte » s’illusionnant sur sa capacité à influencer le cours des événements pour d’autres. Symbole à la fois du courage et de l’impuissance.
Mort jeudi 29 janvier, à Saumur (Maine-et-Loire), à l’âge de 90 ans, Philippe Morillon, général cinq étoiles, grand officier de la Légion d’honneur, est né le 24 octobre 1935 à Casablanca (Maroc). Jeune officier durant la guerre d’Algérie, il fait carrière dans l’armée de terre, plus particulièrement dans les blindés.
Au printemps 1992, il effectue une première mission pour les Nations unies, au moment de la guerre en Croatie. L’ONU se fait surprendre par les premiers combats en Bosnie alors que le général Morillon est à Sarajevo. Sous les bombardements serbes, le départ de son convoi vers Belgrade est humiliant. Au checkpoint, à la sortie de la capitale bosnienne, quatre miliciens serbes, armés seulement de kalachnikovs et de fusils de chasse, retiennent 80 blindés durant des heures. « Ils ont fouillé mes affaires jusqu’à faire sortir le dentifrice du tube », confiait le général, amusé mais choqué. De retour à Sarajevo en septembre 1992, cette fois en tant que chef des casques bleus, il s’échine à aider la capitale assiégée à survivre, grâce au pont aérien de l’ONU.
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