quand la colère intime devient sociale

4415


Place de la Nation, à Paris, jeudi 18 septembre 2025. En ce jour de mobilisation nationale contre l’austérité, des affrontements éclatent, lors de la manifestation parisienne, entre le cortège de tête et les forces de l’ordre, déployées en nombre.

Elle est là, entourée d’une foule statique mais bruyante, une pancarte levée au-dessus de son visage juvénile : « Solidarité avec la jeunesse en colère. » Lorsqu’une photographe la vise, elle esquisse un sourire. Quand nous nous approchons pour lui parler, ses yeux s’écarquillent de surprise. Souha (elle n’a pas souhaité donner son nom), 19 ans, laisse paraître ses émotions telles qu’elles viennent. Le 10 septembre, jour de mobilisation nationale du mouvement Bloquons tout, l’étudiante en prépa littéraire est venue place du Châtelet, à Paris, pour exprimer une colère aux multiples causes – entre le « génocide en Palestine » et la « nomination d’un premier ministre qui ne respecte pas les élections législatives » –, mais qui cherche encore ses formes et ses issues.

« Ma colère est très liée à mon désespoir, dit-elle. Je suis allée manifester sans grand espoir que mes revendications soient entendues par Macron, qui gouverne seul. En même temps, je ne sais pas comment agir autrement, et c’est ce qui crée de la frustration, donc la colère. » Pour cette électrice de gauche, habituée à manifester depuis l’adolescence – d’abord pour le climat et les droits des femmes –, descendre dans la rue pour crier des slogans est un moyen d’extérioriser sa colère et de ne plus se sentir seule. Une sorte d’hypotenseur, dont les effets s’atténuent à mesure que les batailles se mènent, et se perdent. « J’ai l’impression d’être bloquée avec cette émotion, au point de souvent fondre en larmes. La seule chose qui pourrait m’apaiser serait de voir des progrès sociaux. »

Il vous reste 85.01% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link