En Bolivie, l’ex-président Evo Morales défie son inéligibilité et se déclare candidat à la présidentielle

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L’ancien président Evo Morales, à Caracollo, en Bolivie, le 17 septembre 2024.

Evo Morales défie ouvertement la justice bolivienne. L’ancien chef de l’Etat a annoncé, jeudi 20 février, sa candidature à l’élection présidentielle du 17 août, alors qu’il est poursuivi dans une affaire de traite de mineure et que la Cour constitutionnelle de Bolivie a confirmé l’interdiction pour un président d’exercer plus de deux mandats.

Lors d’une conférence de presse organisée dans son fief du centre du pays, Evo Morales, 65 ans, a annoncé qu’il se présenterait au scrutin sous la bannière d’une autre formation que le Mouvement vers le socialisme (MAS), la formation au pouvoir qu’il a dirigée pendant des décennies.

« Nous avons déjà le parti pour nous aligner aux élections de cette année. (…) Maintenant, avec le Front pour la victoire, nous allons de nouveau gagner les élections nationales », a déclaré l’ancien président (2006-2019), en citant le nom de son nouveau mouvement.

Evo Morales a subi un revers majeur en novembre 2024 lorsque la Cour constitutionnelle lui a retiré le contrôle du MAS en reconnaissant une nouvelle direction proche du président Luis Arce et favorable à la réélection de ce dernier. L’actuel chef de l’Etat n’a cependant pas encore annoncé publiquement son intention de se représenter.

Interdiction d’exercer plus de deux mandats

Evo Morales souhaite revenir au pouvoir malgré un arrêt de la Cour constitutionnelle ayant confirmé, fin 2024, l’interdiction pour un président d’exercer plus de deux mandats.

Le Front pour la victoire, un petit groupe de gauche qui est sans représentation au Parlement, a signé un accord avec Evo Morales pour l’imposer comme son « unique candidat » à la présidence, selon un document lu par un porte-parole du parti lors de la conférence de presse retransmise par la radio Kawsachun Coca. L’identité de son colistier doit encore « faire l’objet d’un consensus », a-t-il ajouté. « Nous avons pris cet engagement pour aller de l’avant avec notre pays qui est en train de faire faillite », a pour sa part déclaré Eusebio Rodriguez, leader du Front pour la victoire.

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La Bolivie est plongée dans une grave crise économique en raison d’une pénurie de dollars et de carburants. Le gouvernement subventionne les importations d’hydrocarbures, ce qui a asséché les réserves en devises du pays.

Visé par un mandat d’arrêt

Outre une inéligibilité, le premier chef d’Etat bolivien d’origine indigène est accusé de « traite » de mineure et est visé par un mandat d’arrêt. Selon le parquet, M. Morales aurait entretenu une relation en 2015 avec une adolescente de 15 ans, de laquelle une fille serait née un an plus tard, avec le consentement des parents en échange d’avantages.

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L’ancien président rejette ces accusations et fait valoir qu’une enquête pour les mêmes faits a été classée sans suite en 2020. M. Morales se dit victime d’une « guerre juridique » orchestrée par le président Arce.

Pour l’instant, cette annonce de M. Morales « est davantage une stratégie (…) pour aller vers la consolidation de sa candidature qui comporte des enjeux bien plus critiques » que l’absence de parti, estime Maria Teresa Zegada, sociologue à l’université publique Mayor de San Simun, située à Cochabamba.

L’ancien cultivateur de coca est soutenu par de nombreux partisans, majoritairement des paysans indigènes. Depuis l’émission du mandat d’arrêt à son encontre, il reste retranché dans son bastion de la région du Tropico de Cochabamba, dans l’Etat du Chapare, dans le centre du pays, protégé par ses soutiens.

Le Monde avec AFP

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